L’information circule à une vitesse fulgurante et les dirigeants d’entreprises sont constamment sollicités, la frontière entre vie professionnelle et personnelle devient de plus en plus floue. Si l’hyperconnexion permet des prises de décision rapides, une réactivité sans précédent et une communication fluide avec les équipes, elle s’accompagne également de risques importants pour le bien-être mental des dirigeants. Une solitude accrue, un stress constant et une surcharge de travail peuvent nuire à leur santé mentale. Comment les dirigeants d’entreprises, notamment les start-ups, peuvent-ils naviguer dans cet océan de sollicitations tout en préservant leur équilibre psychologique ?
L’hyper-connexion : un double tranchant pour les dirigeants
Les smartphones, les messageries instantanées, les e-mails et les outils de gestion de projet ont permis une réactivité quasi instantanée. Toutefois, cette connexion permanente peut devenir une source majeure de stress et de solitude pour les dirigeants.
Ainsi selon une étude de l’Université de Harvard menée en 2023, 70% des dirigeants admettent ressentir une pression constante en raison de l’hyperconnexion. La recherche montre que cette pression est amplifiée par le besoin d’être constamment « disponible » pour répondre aux demandes urgentes. Cela empiète sur la vie personnelle et crée un sentiment de solitude et d’isolement. En effet, le rôle de dirigeant implique souvent de prendre des décisions lourdes de conséquences, parfois dans un environnement incertain et, ceci, sans toujours pouvoir partager ces responsabilités avec les équipes.
Les dirigeants de start-ups, en particulier, ressentent ce phénomène. Le manque de ressources humaines, la pression de la croissance rapide et l’exigence de résultats immédiats font que de nombreux dirigeants d’entreprises jeunes sont en permanence « surchargés » par des sollicitations internes et externes. Ils se retrouvent souvent à devoir jongler entre la gestion quotidienne de leur entreprise et la nécessité de prendre des décisions stratégiques, le tout sous une pression constante. Cette situation peut rapidement conduire à une sensation de « burn-out » ou de déconnexion émotionnelle.
Un fardeau souvent invisible
Le dirigeant est perçu comme le leader capable de prendre les rênes et d’encourager son équipe, ce qui entraine souvent une lourde solitude. Ce sentiment d’isolement est amplifié par les exigences de son rôle, qui l’oblige à prendre des décisions seul. Ceci, souvent dans un cadre où la responsabilité des échecs et des succès repose uniquement sur ses épaules. La solitude des dirigeants est un phénomène étudié dans plusieurs recherches récentes. Une étude publiée dans la Harvard Business Review en 2022 révèle que plus de 60% des dirigeants affirment qu’ils se sentent souvent seuls, même au sein de leur propre organisation.
Le phénomène est d’autant plus marqué dans les start-ups, où les dirigeants n’ont souvent pas l’appui de cadres supérieurs ou d’un réseau de pairs pour échanger sur des problématiques complexes. L’absence de mentorat, la rareté des relais d’autorité et la pression d’être à la tête d’une équipe très jeune peuvent accentuer ce sentiment d’isolement. En effet, les dirigeants de start-ups ont tendance à investir une part importante de leur temps et de leur énergie dans la gestion du quotidien, au détriment de leur santé mentale et de leur bien-être.
Gérer la solitude et le stress : des stratégies pratiques
1/ Prendre du recul grâce à la déconnexion
Une des stratégies les plus efficaces pour contrer l’hyper-connexion et gérer la solitude est la déconnexion. L’activation des moments de déconnexion permet de se recentrer et de se protéger des sollicitations incessantes. Les dirigeants peuvent aménager des plages horaires sans connexion pour se ressourcer et éviter le burnout.
Prenons l’exemple de Doctolib, une start-up française dans le secteur de la santé qui a récemment mis en place des initiatives pour permettre à ses dirigeants de déconnecter. Depuis 2023, l’entreprise organise des « journées sans e-mails » au sein de ses équipes dirigeantes, afin de réduire le stress et favoriser une concentration optimale sur des tâches stratégiques à haute valeur ajoutée. En outre, les dirigeants sont encouragés à prendre des pauses régulières et à participer à des séminaires de bien-être mental. Cette initiative a permis à Doctolib de maintenir un environnement de travail sain, même pendant les périodes de croissance rapide.
2/ Créer un réseau de soutien
Un autre élément clé pour gérer la solitude est de créer un réseau de soutien solide. Pour cela, les dirigeants peuvent s’entourer de mentors ou de pairs avec qui ils peuvent partager leurs préoccupations, discuter des défis et recevoir des conseils. Ce réseau peut inclure des conseillers, des coachs ou même des dirigeants d’autres entreprises, avec qui il est possible d’échanger en toute confiance.
BlaBlaCar, l’une des entreprises françaises les plus emblématiques dans le domaine du covoiturage, a mis en place un système de mentorat interne où les dirigeants sont invités à échanger régulièrement avec des membres plus expérimentés du conseil d’administration ou d’autres entreprises partenaires. Ce type de soutien permet de réduire la pression solitaire, tout en créant des opportunités de réflexion stratégique partagée.
En outre, certaines entreprises, comme ContentSquare, spécialisée dans l’analyse de l’expérience numérique, ont instauré des programmes de coaching exécutif pour aider les dirigeants à naviguer dans les défis de la gestion d’entreprise tout en préservant leur bien-être mental. Ces pratiques permettent aux dirigeants d’avoir un espace pour partager leurs angoisses et recevoir des conseils avisés.
3/ Pratiquer des techniques de gestion du stress
Le stress est l’un des principaux ennemis du bien-être des dirigeants. Pour y faire face, de nombreuses entreprises et dirigeants intègrent des techniques de gestion du stress dans leur quotidien. Cela inclut la méditation, les exercices de respiration, la pratique de l’exercice physique ou encore l’organisation d’activités permettant de réduire la pression.
Chauffeur-Privé, un acteur majeur des VTC en France, a par exemple mis en place un programme de gestion du stress destiné à ses dirigeants et à ses managers. Ce programme inclut des séances de yoga et de méditation hebdomadaires, ainsi que des ateliers sur la gestion du stress. L’objectif est de permettre à chaque dirigeant de se recentrer et de se libérer des tensions accumulées au quotidien, tout en apprenant à gérer plus sereinement les défis de l’entreprise.
Certaines start-ups vont encore plus loin, comme Vestiaire Collective, une plateforme de vente de mode de luxe d’occasion, qui organise régulièrement des « pauses bien-être » pour ses équipes dirigeantes. Ces moments permettent aux dirigeants de s’échapper quelques heures de leur quotidien effréné, de se concentrer sur des activités apaisantes et de cultiver une approche positive face aux défis du leadership.
4/ Favoriser la culture de la transparence et de l’équilibre
Enfin, une autre stratégie cruciale pour préserver le bien-être mental des dirigeants est de favoriser une culture de la transparence et de l’équilibre au sein de l’entreprise. Les dirigeants doivent être ouverts sur les défis qu’ils rencontrent, sur la charge mentale qu’ils subissent, et encourager les équipes à en parler également. Une entreprise qui valorise le dialogue et l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle permet aux dirigeants de se sentir moins isolés.
Meero, une start-up française spécialisée dans la photographie professionnelle, a instauré une politique de « bien-être au travail » qui inclut des horaires flexibles et un soutien psychologique pour les dirigeants. Cette approche permet non seulement de réduire la solitude, mais aussi de prévenir le stress excessif en offrant aux employés un environnement de travail plus humain.