Quand les seniors se jettent à l’eau…

L'équipe Dynamique Entrepreneuriale     08/05/18    
seniors jettent eau

Si les jeunes osent de plus en plus se lancer dans l’entrepreneuriat, les seniors suivent, eux aussi, la tendance. Contrebalançant les préjugés, ils représentent 28 % de la population active et près de 40 % des entrepreneurs. Morale de l’histoire : il n’y a pas d’âge pour entreprendre.

Faire preuve d’une certaine réticence à dévoiler son âge n’est pas toujours symptomatique d’une peur de vieillir mais peut traduire un refus de se laisser enfermer dans une catégorie d’âge. En France, près de 22 millions de personnes ont plus de 50 ans et représentent environ 28 % de la population active ainsi que 40 % des entrepreneurs. Les seniors qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat partent avec de solides atouts tels qu’une bonne expérience et un bon réseau. Stop aux préjugés !

La réalité du marché contraint-elle les seniors à entreprendre ?

Les difficultés à trouver un emploi, pour les seniors, pourraient expliquer leur motivation à entreprendre. La catégorie des seniors correspondrait à celle dont le taux de chômage préalable à l’entrepreneuriat reste le plus haut, selon Réseau Entreprendre. Pour cause principale : le coût salarial jugé trop élevé par les entreprises. Malgré un taux d’employabilité qui tend à s’améliorer en France, ce dernier reste 10 points inférieur à celui de nos voisins de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique, ndlr). Certains font le choix de créer leur propre emploi ou bien de reprendre une société déjà créée. Néanmoins, on constate malgré tout que, si 50 % des entrepreneurs de plus de 50 ans étaient, à l’origine, privés d’emploi, leur motivation première demeure le « besoin d’indépendance et la volonté d’exploiter leur expérience », si l’on en croit Zevillage, un site participatif d’information consacré aux nouvelles formes de travail. Autrement dit, pour beaucoup d’entre eux, l’argent n’est pas un levier de décision.

Préjugés, préjugés et encore des préjugés…

Si les seniors restent, en principe, moins diplômés que les start-uppers, 38,5 % d’entre eux font état d’un cursus universitaire et quasi-tous peuvent compter sur leur expérience comme atout de taille. Ceux accompagnés par le Réseau Entreprendre connaîtraient d’ailleurs le même taux de pérennité que les plus jeunes : 98 % des seniors seraient encore en activité au bout de trois ans et 88 % au bout de cinq années d’activité. « Arrêtons les idées reçues. Les entrepreneurs seniors que nous accompagnons ne manquent pas d’atouts. Ils débordent d’énergie, ont le goût du défi. Allégés des contraintes familiales, souvent plus à l’aise financièrement, ils ont soif de mettre à profit leur expérience au service d’un challenge plus personnel », témoigne Frédérique Jeske, Directrice générale de Réseau Entreprendre, avant de poursuivre : « Après avoir donné plus de trente ans de leur vie à la réussite de grandes, moyennes ou petites entreprises, l’approche de la retraite sonne pour certains comme un coup de « booster ». » Autant de raisons pour lesquelles le phénomène des « seniorpreneurs » prend de plus en plus d’ampleur. 

Les « seniorpreneurs » : véritable phénomène entrepreneurial 

En moyenne, un créateur d’entreprise sur cinq, en France, est âgé de plus de 50 ans, selon Réseau Entreprendre. En l’espace de dix ans, la proportion des créateurs de plus de 50 ans est passée de 8 à 11 %, et de 17 à 23 % pour les repreneurs. La distinction opérée entre les jeunes et les seniors entrepreneurs se mesure, en grande partie, au niveau du secteur d’activité : seulement 10 % des moins de 30 ans s’aventurent dans le secteur industriel contre 22 % pour les seniors. A l’inverse, on compte 57 % de seniors à se lancer dans le secteur des services contre 68 % pour les moins de 30 ans. On remarque également que les seniors sont plus enclins à la reprise d’activité que les jeunes avec 47 % des entrepreneurs de plus de 50 ans, accompagnés par le Réseau Entreprendre, qui sont des repreneurs, contre 7 % pour les moins de 30 ans, 23 % pour les 30 - 39 ans et 40 % pour les 40 - 49 ans. « Changeons notre regard sur les seniors. À 60 ans, une nouvelle vie professionnelle peut commencer. Le numérique a multiplié les perspectives, en simplifiant notamment les démarches. Les jeunes en ont pris leur parti. Les seniors ont les bagages pour suivre l’exemple », finit par conclure Frédérique Jeske.  

« Mieux vaut tard que jamais »

Parmi les seniors qui ont osé se lancer dans l’aventure entrepreneuriale, Philippe Gros, repreneur de l’entreprise Loopgrade, spécialisée dans le conseil en télécommunication, témoigne : « Après une carrière en entreprise, j’ai quitté mon emploi à 57 ans dans le cadre d’une restructuration. Reprendre une entreprise m’a fourni l’opportunité de nouvelles perspectives professionnelles et personnelles qui seraient devenues de plus en plus inaccessibles en tant que salarié, l’âge aidant. C’est un nouvel horizon qui s’offre à ceux qui pensent encore leur vie comme un futur en devenir. » De son côté, Dominique Rossignol, 59 ans, est fondateur de DFD, une forme d’alternative verte aux solvants chlorés qu’il a créée à la suite d’un déclic engendré par un licenciement économique : « J’ai envie de développer l’entreprise pour en faire une ETI exportatrice. Pour entreprendre, il faut une vision à long terme et une extrême ténacité : il n’y a pas d’âge pour cela ! »

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