Comment rester éthique lorsqu’on ne fabrique pas en France ?

Nadia Akkari     04/10/13    
Ethic

Avec la vague de «made in France» et Arnaud Montebourg en marinière, fabriquer en France devient un acte patriote. Les marques l’ont bien compris : beaucoup mettent maintenant en avant leurs produits ou la petite partie de leur production qui est fabriquée sur le territoire. Mais il faut bien l’avouer. Pour des questions de savoir-faire, de matières premières ou de coûts de production, le «Made in France» reste encore un idéal très inaccessible pour de nombreuses boites. Doivent-elles pour autant culpabiliser, se cacher, et se ranger dans les camps de ceux qui lâchent l’affaire sur les questions éthiques ? Ou bien y a-t-il d’autres moyens pour laisser exprimer sa bonne conscience patriote ? 
En d’autres termes, votre marque peut-elle avancer vers une démarche éthique lorsque les contraintes de productions rendent impossible de fabriquer en France ?

Ce qui est bien, c’est de créer une entreprise en France

Ce qui est important avant tout, c’est de continuer à créer des entreprises en France. Une entreprise génère toujours des emplois, sollicite d’autres fournisseurs français et c’est ça avant tout qui contribue à générer de la croissance. Commencer par domicilier son entreprise en France et résister à l’envie de mettre au point des stratégies d’évasion fiscale, voilà la première démarche patriotique et éthique bien au-delà de la provenance géographique de la production.

Le savoir-faire s’est délocalisé : danger

Cela dit, il est de moins facile de produire en France, c’est un fait. Le tissu industriel s’est raréfié et le savoir-faire lui aussi s’est délocalisé. Aujourd’hui, il n’est pas évident de trouver des savoir-faire précis et des outils de production fiables à des prix accessibles en France. On ne peut donc pas en vouloir aux fabricants qui ont opté pour d’autres destinations de productions plus exotiques. 
Mais attention à l’engrenage : moins on produit en France, plus c’est difficile de le faire pour les nouveaux arrivants, faute de savoir-faire qui disparaissent peu à peu.
Je me pose tout de même une question : avec tout le savoir-faire artisanal et industriel que détient la Chine, que se passera-t-il lorsque les ouvriers chinois, eux aussi, aspireront à des conditions de travail plus justes ? Il se peut qu’on finisse par le payer cher…

Les consommateurs français sont prêts à payer un peu plus pour du « made in France »

Autre chose : on délocalise bien souvent au nom de la « compétitivité ». Cela sous-entendrait que le seul critère de compétitivité serait le prix. Or, selon une récente étude Sofres, le Made in France a plutôt bonne image dans l’esprit du consommateur. Pour preuve :
- 95% des consommateurs qui achètent des produits fabriqués en France considèrent que leur acte d’achat est une façon de soutenir l’emploi dans l’hexagone.
- 91% attribuent à la mention un gage de qualité.
- 90% y voient la garantie d’un produit fabriqué par une entreprise dont les salariés sont protégés.
- 89% estiment qu’il s’agit d’un gage de meilleur respect de l’environnement (une réglementation française contraignante d’une part et des économies de transport comparé aux importations d’autre part).
Il y a donc bien d’autres critères qui rendent un produit compétitif dans l’esprit des acheteurs !

Autres preuves de l’attachement des Français au Made in France : - 88% des personnes interrogées dans le cadre de l’étude considèrent que « les entreprises françaises doivent produire prioritairement en France pour soutenir la croissance et l’emploi ».
- seules 10% des personnes interrogées considèrent que les entreprises françaises doivent produire là où les coûts sont les plus bas pour résister à la concurrence internationale.
Ça fait réfléchir sur le business model… Ce qui en ressort surtout, c’est que la qualité et la créativité doivent être la base de la compétitivité, et non seulement le prix.

Comment être éthique quand même?

Mais si autant de marques complexent de fabriquer encore dans des pays lointains, c’est peut être aussi que cet aspect les titille sur le plan de l’éthique ? Évidemment, rapatrier sa production en France ou en Europe, c’est une initiative plus que louable qui mérite d’être encouragée autant que possible. Mais lorsque la démarche devient compliquée, voire impossible, que faire pour avoir quand même une démarche éthique ? A mon avis, il y a plein d’autres façons d’être éthique et de diriger une entreprise responsable, que de nécessairement fabriquer en France.
Par exemple, le Ethical Fashion Show réunit tous les ans à Paris l’ensemble des créateurs et acteurs de l’industrie de la mode qui ont une démarche éthique. Dans leur charte, ils définissent plusieurs critères jugés « éthique » : utilisation de matières Bio et naturelles, le recours au recyclage, le commerce équitable et la valorisation d’un savoir-faire local, ou encore le soutien à des projets sociaux

La Chine fait aussi du commerce équitable, et même si on reste contraint de fabriquer là-bas, on peut avoir une démarche éthique en soutenant une association en bas de sa rue. On peut aussi s’appuyer sur chacun de ces points pour communiquer et valoriser l’image de sa marque. Certaines enseignes, comme Faguo ou Merci, en ont même fait leur point particulier de différenciation : tout en étant made in china, financent des associations de par le monde.
Aussi, lorsqu’on part à la recherche de financements, les concours, aides et fonds d’investissement et de soutien aux entreprises financent bien plus volontiers les entreprises qui ont une dimension sociale et responsable. Cela constituera un atout majeur dans cette recherche.
L’essentiel est d’avoir une volonté de s’orienter vers une démarche éthique et de RSE, après les moyens sont innombrables...