Reprise d’entreprise : la valeur et le prix

Thierry Lamarque     19/05/14    
reprise d entreprise la valeur et le prix

La valeur et le prix d’une entreprise sont deux notions distinctes qui prêtent souvent à confusion dans l’esprit des repreneurs et des cédants. Un certain nombre de « grands penseurs » se sont penchés sur ces deux concepts, et leurs citations nous donnent matière à réflexion.

Citons en quatre :
- « Il n’existe pas de valeur absolue dans ce monde. Vous ne pouvez estimer que ce qu’une chose vaut pour vous. » Charles Dudley Warner

- « Le prix, c’est ce que l’on paie ; la valeur, c’est ce que l’on reçoit » Warren Buffet

- « Un cynique est quelqu’un qui connait le prix de tout et la valeur de rien » Oscar Wilde

- « La valeur se calcule, le prix se constate » Anonyme

En termes mathématiques, nous pourrions dire que le prix est une dérivée première de la valeur. Comme l’indique C.D Warner, le prix correspond à la valeur pour soi.

En effet, un « acheteur stratégique » (concurrent, fonds d’investissement, groupe) analysera une cible en termes de synergies, d’économies d’échelle et d’intérêt stratégique. Cet acheteur pourra alors proposer un prix bien supérieur à celui proposé par un repreneur individuel qui basera ses calculs sur la seule valeur intrinsèque de la cible. En ce sens, le prix correspond à la valeur perçue.

Le prix est également, et surtout, le résultat d’une négociation. La loi de l’offre et de la demande, l’intensité concurrentielle, la nature des acheteurs potentiels sont autant d’éléments qui participent au calage du prix sur un montant. Ainsi, les dossiers « intermédiés » font l’objet d’une véritable escalade des prix, puisque le cabinet mandaté organise la compétition sur le dossier en listant un grand nombre d’acheteurs potentiels pour maximiser la valeur de transaction sur laquelle il est rémunéré. En ce sens, le prix correspond à la valeur négociée.

Le prix est aussi le résultat de la capacité de financement des acheteurs potentiels, et à leur aptitude à fédérer des sponsors autour de leur projet d’acquisition. Dans cette approche, le cumul des apports financiers du repreneur, en fonds propres et quasi-fonds propres, des prêteurs (banques, BPI France,…), et des investisseurs (fonds d’investissement, family offices,…) permet de déterminer un « prix-plafond ». En ce sens, le prix correspond à la valeur finançable.

Pour les financiers, le prix s’apparente en quelque sorte à une dérivée seconde, résultat de la valeur perçue de la cible combinée à la valeur ajoutée potentielle du repreneur.

Au-delà de ces tentatives de comparaisons mathématiques, le prix apparait surtout comme une notion fondamentalement subjective, bien éloignée des « 5 fois l’EBIT » ou « 6 fois le PER » appliqués sans nuance par les apprentis évaluateurs.