Les qualités essentielles du chef d’entreprise (partie 1)

L'équipe Dynamique Entrepreneuriale     04/01/19    
qualites essentielles chef entreprise

Les qualités intrinsèques du chef d’entreprise sont pléthores : sens aigus des réalités, gestion optimale de ses émotions sans devenir stoïque, intelligence relationnelle adaptée à toutes les circonstances, mais surtout un sens des valeurs, un courage et une exemplarité à toute épreuve. 

Pour diriger son entreprise, le chef d’entreprise doit, s’il n’a pas déjà acquis certaines qualités essentielles, être lucide sur ses points faibles tout en étant conscient des efforts qu’il devra réaliser pour développer celles qui ne font pas partie du meilleur de lui-même. Voici une sélection non-exhaustive de celles qui nous paraissent fondamentales et qui sont l’apanage des dirigeants d’aujourd’hui. 

Être dans l’écoute et l’empathie auprès des salariés et des clients. 

Les habitudes ont changé. Du dirigeant qui semblait posséder à lui seul le savoir, enfermé dans sa tour d’ivoire, intimant le respect seulement par sa position dans la pyramide, que personne n’osait contester, les réseaux sociaux l’ont contraint à descendre de son piédestal. Le label Great Place to Work dans son classement 2018 des entreprises où il fait bon travailler a désigné dans son palmarès la start-up, Doctolib, une des premières plateformes de prise de rendez-vous médicaux. Des qualités comme l’écoute sont ainsi devenues une référence. Écoutez oui, mais comment et pourquoi ? Il est évident qu’il est plus aisé de choisir une voie quand on a en tête toutes les données obtenues grâce aux expertises des équipes qui complètent celles du dirigeant qui ne peut être omniscient. Les exemples d’écoutes fructueuses sont pléthores notamment grâce aux concours instaurés dans les entreprises qui permettent à tout salarié de s’impliquer. Ainsi les trophées Innov’Acteurs mettent en exergue l’écoute attentive des initiatives et des bonnes pratiques des collaborateurs, parce que l’écoute permet de réaliser des économies mais surtout parce qu’elle favorise une ambiance de travail conviviale. En ce qui concerne les clients, ne jamais rester sur ses acquis fait partie des principes inhérents à toute démarche commerciale. L’écoute reste alors un facteur clef de pérennité. Connaître leurs attentes, leur manière de fonctionner afin de proposer un produit / service qui réponde davantage à leurs besoins. Mais il faut surtout suivre les évolutions du marché et pour ce faire ne jamais sous-estimer la valeur des études, des questionnaires de satisfaction qui permettront de garder une dynamique d’amélioration continue. Quant aux fournisseurs et à leurs forces de vente, il se révèle judicieux d’écouter leurs argumentations afin de choisir les produits qui seront les mieux adaptés à la clientèle. Et regarder avec une attention accrue la concurrence : sa manière de communiquer, de distribuer, de livrer… Défier la concurrence c’est connaître sa différence…. Et prendre des informations auprès des prescripteurs et partenaires est loin d’être une perte de temps. Frédéric Mugnier, cofondateur de Faguo, entreprise spécialisée dans l’habillement, pense que la clef de la réussite reste l’écoute « Que les conseils soient bons ou que votre interlocuteur n’ait pas l’ensemble des données, importe peu. Son avis reste toujours important parce qu’il vous fournit un regard externe et parce que si vous n’êtes plus à l’écoute d’autrui vous êtes mort. »

Avoir le courage de proposer ou de changer de stratégie. 

Un dirigeant possède dans ses gênes la capacité de choisir une stratégie à moyen terme sur 3 à 5 ans afin de la partager et d’impliquer ses collaborateurs. Si la mission ou l’activité de l’entreprise suscite l’intérêt de tous, la stratégie pour parvenir à votre objectif doit rencontrer l’adhésion de tous. Il s’agit donc de déterminer dans quelle direction vous souhaitez emmener votre entreprise et vos équipes, ainsi que dans quel délai et comment. Si la vision du chef d’entreprise se veut d’être réfléchie et explicite pour tout le monde, ne la rendez pas figée, car sa pérennité dépend de son évolution, d’autant plus que notre monde est en perpétuels changements et que ceux-ci ne cessent de s’accélérer. La vision peut donc être réajustée au fur et à mesure du temps et des nouvelles pratiques / innovations qui arrivent sur votre marché. Montrer que l’on a su s’adapter au changement est un élément fondamental pour le dirigeant. Ainsi transformer son offre, parce que celle choisie au départ ne s’avère pas porteuse de ressources financières, a été l’objet de plus d’une success-story. Elle requiert du courage, car tout changement demande de convaincre les équipes et de diminuer leur anxiété : Just Eat , BlaBlaCar, Wonderbox, Leboncoin …ont transformé leur business model du départ pour devenir des entreprises à succès. La stratégie n’est jamais une direction à vie, elle peut trouver des opportunités qui la conduisent vers un avenir davantage prometteur. Ainsi dans une interview pour Dynamique, Cyril Barthet, ccofondateur de Vodkaster.com, réseau social dédié au cinéma et aux séries, souligne l’importance de « penser à remanier son offre en suivant les opportunités. Le parcours de votre boite ne vous appartient pas tout à fait. » 

Ne pas remettre au lendemain. 

Remettre au lendemain ou en fin de journée certaines tâches conduit inéluctablement à les gérer en urgence, à la dernière minute et amène à bâcler des tâches qui auraient mérité davantage de rigueur et évite des décisions inappropriées. Mais pourquoi procrastiner alors que l’on est conscient du danger que comporte une telle attitude ? et surtout comment combattre cette force d’inertie, l’ennemi numéro un des entreprises. Se motiver ? Une des grandes qualités du dirigeant reste de savoir se motiver dans la réalisation des tâches qui parfois ne lui plaisent pas forcément afin de ne pas être dépassé par la quantité de travail « mise de côté ». Un dirigeant est avant tout une personne qui ne remet pas au lendemain ce qui doit être fait aujourd’hui. Pour vous motiver, n’hésitez pas à faire appel à une to do list et à avancer dans vos tâches jusqu’à qu’elles soient toutes réalisées et commencez toujours par la tâche que vous avez envie de remettre au lendemain. Même si elle peut s’avérer peu attrayante et répétitive, une fois terminée, vous aurez l’occasion d’éprouver un sentiment bien particulier : celui du devoir accompli et de liberté. Le dirigeant doit être toujours celui qui donne également l’image de se lancer et d’attaquer les tâches mêmes les plus ingrates. Il montre l’exemple, ne rechigne pas aux tâches dépourvues d’intérêt. Mais attention, certaines tâches sont mises de côté parce que le dirigeant sent les limites de sa compétence. Au lieu de culpabiliser, pourquoi ne pas trouver une personne qui pourrait vous épauler ? Damien Morin, fondateur de « Save my smartphone » dans une interview pour Dynamique, montre l’importance du temps pour lui : « N’oubliez jamais que le temps c’est la seule chose qui ne se rattrape jamais, qui ne s’achète pas. Il doit être votre unique obsession. »

Avoir confiance en soi. 

Se lancer dans l’aventure entrepreneuriale, c’est prendre en compte que ceux qui vous disent que cela ne marchera jamais ont aussi l’idée saugrenue de vouloir vous décourager et de vous déstabiliser. Vous devez avoir une bonne dose de confiance en vous pour entendre perpétuellement que si cela était une bonne idée, cela aura déjà été fait mais aussi ceux qui prêchent la tranquillité, la stabilité, royaume du bonheur… Dans notre monde qui bouge, les donneurs de conseils sont moins nombreux et souvent les entrepreneurs font l’objet d’admiration, mais aussi de jalousie qui se traduit par le fait de décourager l’entrepreneur sur le chemin du succès. Le chef d’entreprise doit croire en lui afin de ne pas s’arrêter au premier obstacle. Bonne nouvelle la confiance en soi n’est pas innée et vous pouvez la développer. Apprenez d’abord à bien vous connaître : vous avez des défauts, mais également des qualités. Prenez pour principe que vous ne savez pas tout et que vous ne serez pas le meilleur partout. Acceptez de faire des erreurs et cherchez des solutions. N’hésitez pas à commencer l’aventure par un bilan de compétences, mais aussi un bilan sur vous-même. Posez-vous les bonnes questions : où suis-je le plus fort ? Le plus faible ? Qu’est-ce que j’aime et déteste faire ? Quelles sont mes plus grandes qualités et mes plus grands défauts ? Que pense mon entourage de moi ? D’où viennent mes erreurs du passé ? Identifiez ce que vous devrez améliorer et les obstacles que vous pouvez contourner. Il ne s’agit pas d’être omniscient, mais de trouver les solutions qui pourront être mises en place pour gagner en performance et en temps. Si vous ne connaissez rien en code et que vous souhaitez vous lancer dans le e-commerce, peut-être serait-il judicieux d’apprendre certaines bases afin de choisir les personnes compétentes pour mener à bien votre projet. N’hésitez pas à regarder vos réussites afin que vous ne doutiez pas trop de chacune de vos décisions. Gardez tout de même les pieds sur terre et continuez à écouter les autres, car vous n’avez pas la science infuse. Vous ferez de nombreuses erreurs qui seront source d’une expérience enrichissante. Charles Beigbeder, un entrepreneur engagé souligne, dans les propos relevés par Dynamique :« Avoir confiance en soi tout en étant capable de se remettre en cause, avoir de l’humour et de la ténacité. »

Être résistant... car le burn out est souvent tapi dans l’ombre. 

On dit souvent que le parcours du chef d’entreprise ressemble plus à un marathon qu’à un sprint. Il s’agit de résister sur le temps, car ce sont souvent de nombreuses années de travail acharné qui vous attendent. Au démarrage de l’entreprise, le dirigeant veut souvent tout et tout de suite ! Il enchaîne les heures de travail au détriment de sa santé et souvent de ses proches. Soyez conscient que votre corps a besoin de repos et que vous ne pourrez pas continuer éternellement à travailler 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Votre productivité pourrait d’ailleurs s’étioler au fur et à mesure de l’effort. Si la passion prend souvent le pas, n’oubliez pas d’être raisonnable et patient, car vous devrez faire preuve la plupart du temps de persévérance avant d’obtenir les premiers résultats. Paris ne s’est pas construite en un jour et le succès de votre entreprise reposera sur votre capacité à résister. N’hésitez pas à vous féliciter (ainsi que vos équipes) de chaque petite victoire qui montre que vous avancez ! Pour vous convaincre, lisez les expériences de burn out et vous allez acquérir une sagesse qui vous permettra de prendre un nouvel élan ! Pour éviter le burn out, il s’agit de prendre en compte l’impact des risques que vous prenez sur votre santé mentale et apprenez à dire non si vous sentez que vous avez besoin d’une pause. Augustin Paluel-Marmont, répond à la question suivante d’une journaliste : Comment réussir à tenir sur la longueur ? « Je pense que tout dans la vie est une question d’équilibre. Certains entrepreneurs ne vivent que pour leur boîte pendant 30 ans mais, à côté de cela ont une vie privée assez chaotique. Moi j’ai différents pôles dans ma vie : mon travail, ma femme, mes enfants, le sport… et j’essaie d’équilibrer tout cela. Nous avons sans doute beaucoup trop travaillé au départ pour créer l’entreprise. Physiquement nous avons tout donné et nous nous sommes épuisés. L’été dernier j’ai fait le choix de prendre sept semaines de vacances pour enfin faire un vrai break et me régénérer, revenir avec les batteries pleines. Certes il faut beaucoup travailler pour créer sa boîte, mais il ne faut pas le faire de manière excessive, au détriment de son équilibre de vie. Enfin je pense que le seul moyen de tenir sur la longueur est de préserver son capital santé. »

Être prêt à vous lancer dans le feu. 

Certes pas littéralement. Quand on est dirigeant, on est souvent le premier commercial de l’entreprise. Trop d’entrepreneurs restent dans leur zone de confort ou de repli, en élaborant la conception d’un produit parfait mais qui restera une belle aventure sur le papier. Réussir signifie être prêt à monter au créneau et à se lancer dans la vente. S’entraîner à présenter votre produit à votre entourage et votre clientèle tout en écoutant leurs critiques vous permettra de devenir un dirigeant hors pair. Consacrez sans hésiter, au début, un maximum de votre temps au commercial afin de bien cerner les atouts déterminants de votre produit par rapport à ce qui est proposé par vos concurrents ou encore ce qui doit être amélioré prioritairement comme la livraison par exemple. Vous pourrez ainsi encourager vos salariés grâce à votre comportement et votre expérience et les comprendre quand ils vous parleront de leurs difficultés. Lorsque la réussite sera au rendez-vous, vous ne vous déplacerez probablement plus que pour les grands contrats ou auprès de clients avec lesquels vous avez tissé un lien particulier. Il est clair que dans un premier temps qui peut s’avérer long, faire l’impasse du commercial à moins d’avoir un associé ou un collaborateur performant qui s’en occupe vous conduira sur un chemin sans issue. Arrêtez de vous cacher derrière votre business plan, vos tableaux prévisionnels et des études de marché. Votre priorité demeure d’aller sur le terrain et de devenir le meilleur vendeur de votre entreprise. Odile Broglin et Christophe Durieux, cofondateur de la société People&baby, spécialisée dans la gestion et la création de crèches, ont partagé leurs expériences auprès de notre magazine : « Oser se lancer et combler ses peurs. Au départ, je [Odile] ne connaissais pas le milieu de l’entrepreneuriat. C’était un peu angoissant de se lancer dans l’inconnu, de ne pas maîtriser les chiffres, le management, etc. Nous avions peur de ne pas être crédibles, mais nous avons progressivement apporté des réponses à ces peurs en recrutant des gens sérieux et efficaces. »

Savoir prendre du recul pour réajuster son offre. 

À force d’être dans l’opérationnel et de gérer les tâches du quotidien, vous pouvez rapidement vous retrouver englué dans celles-ci. Le dirigeant doit savoir pourtant rester lucide et prendre du recul. Il s’agit d’abord de regarder les résultats des actions que vous avez mises en place. Certaines vont mieux réussir au-delà de ce que vous escomptiez alors que d’autres vont s’avérer contre-productives et nuire à votre entreprise. Ne vous mettez pas des œillères et prenez les bonnes décisions avec les données pertinentes. N’hésitez pas à revoir vos hypothèses et retravailler vos projections si elles ne sont pas réalistes. Il vous faudra parfois savoir abandonner une « bonne idée » qui ne fonctionne pas ou réadapter votre rythme de croissance aux réalités du terrain. Il est parfois particulièrement pénible de devoir restreindre ses équipes ou diminuer la gamme de ses produits, car le dirigeant assimile souvent la réussite ou non d’une stratégie à un développement constant. Vous ferez de nombreuses erreurs et dépenserez énormément d’énergie sur de mauvaises idées mais celles-ci seront des expériences porteuses de sens si vous essayez d’en extraire un nouveau défi. Prenez le temps de vous dégager de vos tâches opérationnelles et de faire le bilan. Rien ne sert de poursuivre un effort sur ce qui ne marchera jamais ou peu. Rodolphe Carle confondateur avec son frère Édouard de l’entreprise Babilou, leader des crèches d’entreprises et de collectivités, souligne dans une interview l’importance de prendre du recul afin de « s’inspirer des métiers similaires ou des marchés plus lointains et extrapoler pour sentir les tendances de votre business pour le futur. »

Savoir s’entourer. 

Un chef d’orchestre sans ses musiciens de talents ne reste qu’un homme qui gesticulerait dans le vide. S’il s’agit souvent de déléguer certaines fonctions, le dirigeant doit s’entourer de personnes plus expérimentées que le lui-même afin que l’entreprise progresse grâce aux talents qui la rejoignent. Lors du démarrage de l’entreprise, on utilise des prestataires, des freelances qui offrent une expertise aussi bien par la voie de l’autoentrepreneur que du portage. Mais vous devrez porter une attention particulière à ceux qui ne sont pas fiables et choisir les personnes performantes. Les nouveaux collaborateurs doivent en effet contribuer au travers de leurs expertises à améliorer le fonctionnement de l’entreprise. Le dirigeant lui garde les tâches de nature stratégique générant de la valeur ajoutée. Toutes les autres fonctions, il peut les transmettre aux équipes comme la comptabilité, l’administratif ou la production… Pour réussir cette évolution, le dirigeant ne délègue pas uniquement les tâches ingrates et donne au manager de véritables responsabilités. Certains entrepreneurs ont des difficultés à déléguer et sont parfois meilleurs lors de la création de l’entreprise qu’au moment de son développement. Apprendre à dépasser ce stade est crucial pour l’avenir de l’entreprise. Fanny Moisan cofondatrice de Vestiaire Collective, dépôt-vente en ligne dédié au luxe, donne un conseil aux entrepreneurs dans un article d’avril 2016 : « Savoir s’entourer. Il s’agit d’une qualité très forte de l’entrepreneur. Si vous ne savez pas vous entourer, vous n’irez pas très loin. Même avec la meilleure idée du monde, si vous n’avez pas l’équipe pour la mettre en oeuvre, ce n’est pas possible. »

Donnez une note à cet article