Partir en vacances : l’éternelle question du dirigeant

L'équipe Dynamique Entrepreneuriale     08/10/18    
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Comme chaque année, à l’approche de l’été, se pose la fameuse question des vacances. Si bon nombre de vos salariés les ont déjà planifiées, de votre côté, les réservations à la dernière minute vous correspondent davantage. Mais qu’en est-il des autres dirigeants, en règle générale ? Prennent-ils des jours de congés ? Si oui, à quelle fréquence ? L’âge et la zone géographique entrent-ils en jeu ? Les vacances ont-elles une incidence sur la vie professionnelle et / ou privée ? Et que faire si on ne part pas cette année ? Enquête.

Vivre de sa passion, créer de l’emploi, répondre à un besoin… Autant d’éléments gratifiants qui rendent au statut d’entrepreneur ses lettres de noblesse. Mais toutes les responsabilités qu’implique sa fonction le chargent, bien souvent, d’une dose de stress difficile à gérer au quotidien. Santé, performance mais aussi niveau de bien-être en feraient alors les frais. Si des vacances bien méritées s’imposent, le dirigeant ne s’offre pas toujours ce luxe, surtout durant les premières années d’activité. Faute de temps, d’argent, sentiment de culpabilité ou peur de voir son entreprise sombrer lors de son absence, les raisons invoquées pour ne pas prendre de congés ne manquent pas. Et pourtant…

L’épuisement, un mal fréquent chez les dirigeants

C’est bien connu, les journées du chef d’entreprise sont souvent longues et denses. Qui dit journées chargées dit aussi sommeil léger. Difficile de dormir sereinement lorsqu’on a encore les chiffres de la compta en tête et une facture toujours impayée, malgré les relances… 60 % des entrepreneurs interrogés estiment que gérer leur activité est émotionnellement épuisant (d’après une étude menée par Vistaprint auprès de 500 chefs de petites et micro-entreprises en France en 2017, ndlr). Ils sont également 49 % à s’estimer travailler trop et 57 % à être régulièrement sujets à une baisse significative de leur motivation, toujours selon l’étude. Stress et fatigue, ne sont d’ailleurs pas les seuls effets constatés chez les dirigeants du fait de leur activité. 39 % des sondés auraient déjà observé une dégradation de leur vie privée à cause de leur travail. Malgré tout, les chefs d’entreprise restent encore trop peu nombreux à s’octroyer suffisamment de vacances voire, parfois, quelques jours de congés.

Ne prendre que peu de congés

En période estivale, il est recommandé de prendre, au minimum, deux semaines de vacances. Pourtant, côté entrepreneuriat, on semble bien loin du compte et des cinq semaines de congés annuels octroyés aux salariés. Pour l’année 2017, seulement 32 % des interrogés prévoyaient de prendre plus de quinze jours de congés durant l’été. S’ils estiment devoir s’accorder entre douze et treize jours pour recharger pleinement les batteries, ils ne prévoyaient qu’en moyenne 9,6 jours de repos et, pour 12 % d’entre eux, aucun. Du côté des plus de 55 ans, 60 % estimaient avoir besoin de plus de quinze jours, et seulement 40 % se les seraient octroyés. À l’échelle d’une année entière, les entrepreneurs prendraient, en moyenne, 24 jours de congés annuels et près de 52 % d’entre eux ne s’accorderaient qu’une semaine de repos. D’après une étude réalisée par la plateforme Legastart.fr auprès de 3 000 dirigeants de TPE et PME, 50 % s’autoriseraient moins de deux semaines par an, dont 20 % prendraient moins d’une semaine. Ils ne seraient que 11 % à aller jusqu’aux quatre semaines de congés annuelles et un quart seulement auraient profité des ponts de mai pour se reposer.

La peur de laisser le navire…

Mis à part le manque d’argent, les raisons qui freinent les dirigeants dans leur choix de partir en vacances portent sur la peur de partir. Selon l’étude réalisée par Vistaprint, 41 % des entrepreneurs sont stressés simplement à l’idée de laisser leur entreprise aux mains d’autres personnes. Ils seraient en effet 43 % à craindre d’un manque d’organisation en leur absence. Pour d’autres, c’est le syndrome de la culpabilité des vacances qui serait en cause. Même s’ils partent en période creuse, bon nombre de dirigeants se sentent coupables quant au fait d’« abandonner » leur entreprise afin de profiter de quelques jours de repos. Enfin, pour 3 % des sondés, prendre des congés serait synonyme de baisse de revenus. Autant de sources d’inquiétude qui conduisent les chefs d’entreprise à ne prendre que peu de congés. Mais qu’en est-il chez les jeunes dirigeants ? L’âge serait-il un critère déterminant dans le choix de s’accorder des vacances ?

Plus jeunes, moins de vacances

Les jeunes dirigeants ne sont pas plus sereins à l’idée de laisser leur entreprise, bien au contraire. Moins expérimentés, 75 % des 18 - 24 ans craignent des problèmes d’organisation durant leur absence, contre seulement 28 % des plus de 55 ans qui, eux, auraient pris, en moyenne, trois jours de plus que leurs confrères en 2017. Bon nombre d’entrepreneurs souhaitent une certaine stabilité quant à leur activité avant de partir en congés. Plus de 50 % attendraient, minimum, entre six mois et un an après avoir créé leur société pour s’accorder des vacances. 90 % ne prendraient pas de jours « off » au cours de leur première année d’activité et 20 % attendraient deux à trois ans avant de s’autoriser quelques jours de repos. Côté culpabilité, les jeunes dirigeants ne font pas exception à la règle puisque 40 % des 18 - 24 ans se sentent coupables de s’octroyer des vacances. Seulement 11 % se seraient permis plus de quinze jours de congés à l’été 2017, 39 % des 18 - 24 ans auraient pris moins de huit jours et enfin, 14 % n’auraient pris aucun jour de congés. 

Des disparités régionales 

Si l’on sait désormais qu’il existe des différences quant au nombre de jours de congés pris par les dirigeants selon leur âge, reste à savoir s’il existe des disparités en fonction des zones géographiques. En comparaison avec ceux issus du reste de la France, les entrepreneurs parisiens se montreraient plus enclins à s’accorder des vacances. Pour l’année 2017, ils auraient été 68 % à prendre plus de quinze jours pendant l’été, contre 52 % pour les chefs d’entreprise issus du reste de l’Hexagone. Un an auparavant, les Parisiens se seraient par ailleurs accordés, en moyenne, 10,2 jours de congés, contre 9 pour les autres. Un constat qui s’explique, en partie, par le niveau de scrupule ressenti par ces populations : 22 % des entrepreneurs de la Capitale se sentiraient coupables de partir en vacances, contre 40 % pour ceux résidant au nord-est du territoire. Une autre des justifications repose sur le fait que les dirigeants parisiens ont tendance à penser qu’ils travaillent trop. 56 % d’entre eux estiment en effet qu’ils vont au-delà de leurs limites, contre 47 % pour le reste de la France.

S’autoriser des vacances décomplexées

Il est clair que les dirigeants ont tendance à ne pas s’accorder assez de vacances et, parfois même, à justifier ce choix par des prétextes révélateurs. C’est, par exemple, le cas en ce qui concerne le sentiment de culpabilité, souvent ressenti par les entrepreneurs qui laissent leur société le temps de quelques jours de repos. Sachez que s’accorder des vacances n’est pas une option démesurée mais essentielle (cet avantage n’est pas uniquement réservé aux salariés !). Pour ôter tout sentiment de culpabilité, prenez quelques simples précautions. D’abord, privilégiez les périodes d’activité creuses ou ralentissements saisonniers pour partir en vacances. Non seulement vous partirez le cœur plus léger mais, en plus, vous minimiserez les risques (il est rare qu’une grosse commande survienne en plein mois d’août…). En ce qui concerne l’organisation, mettez à jour votre tableur dédié à la compta et planifiez l’ensemble de vos relances de sorte à ce qu’elles soient faites avant juillet. Gardez à l’esprit que, pour éviter toutes répercussions négatives, l’anticipation est la clé. Et rappelez-vous, vous avez tout autant le droit, en tant que dirigeant, de vous accorder un peu de repos, alors, cessez de culpabiliser.

Savoir déconnecter

Ça y est, vous avez (enfin) réservé vos vacances ! Une semaine au soleil pour commencer, c’est déjà ça, d’autant plus que c’est la première fois que vous laissez votre entreprise aux mains de vos salariés. Vous êtes sur la plage, sous un cocotier, un cocktail à la main mais voilà, toutes les trente minutes un réflexe que l’on pourrait qualifier de tic incontrôlable vous conduit à chercher les touches de votre Smartphone. Vous ne pouvez pas vous empêcher de regarder vos mails, d’y répondre et, plus grave encore, d’appeler vos salariés un peu trop régulièrement pour une histoire de facture qui peut très bien attendre… Sachez déconnecter ! Si depuis le 1er  janvier 2017, la législation française a mis en place le Droit à la déconnexion afin de respecter le temps de repos des salariés, les dirigeants n’ont, eux, pas d’obligation. Ils seraient d’ailleurs 57 % à consulter leurs e-mails ou leur téléphone portable professionnel durant leurs vacances. L’enjeu demeure de délimiter le « on » du « off ». Si l’on en croit l’étude menée par Legastart.fr, 75 % des dirigeants travaillent durant leurs vacances, dont 25 % tous les jours. Et parmi ceux qui affirment ne pas travailler, 55 % jettent tout de même un œil à leurs e-mails. Certes, vous pouvez parfaitement garder le contact mais le tout est de ne pas en abuser. Consulter ses mails deux fois par jour, par exemple, et appeler deux à trois fois dans la semaine ses salariés pour prendre des nouvelles de l’activité semble un bon compromis.

Décompresser pour préserver sa santé

38 % des interrogés auraient déjà été affectés physiquement du fait de leur activité, toujours selon l’étude menée par Vistaprint. Et leur santé mentale ne se porterait pas franchement mieux si l’on en croit les 59 % qui affirment avoir fait l’objet de troubles du sommeil liés à la gestion de leur entreprise et les 57 % qui disent avoir senti une augmentation de leur niveau d’anxiété. Prendre des vacances est fortement recommandé par les professionnels de la santé et permet de prévenir le risque de burn-out. Deux tiers s’estimeraient en meilleure forme physique et mentale après quelques jours de vacances. Plus précisément, 80 % se sentiraient plus énergétiques à leur retour de congés, 72 %, plus créatifs et plus détendus, 68 %, plus productifs, et 57 % plus patients avec leurs collaborateurs. Pour un dirigeant, s’accorder quelques jours serait également bénéfique du point de vue de ses performances. Il s’agit aussi d’un investissement dans le travail. Qui veut aller loin ménage sa monture… Concernant la vie personnelle, 60 % affirment qu’elle s’en porte mieux après s’être octroyés un peu de repos. Et pour finir, 74 % d’entre eux se sentiraient plus heureux à leur retour de vacances. Ainsi, quel que soit le nombre de jours pris ou même la destination, accordez-vous du temps pour souffler. Un simple weekend à la campagne ou à la mer suffit parfois pour vous vider la tête et vous redonner de l’énergie.

Que faire si on ne part pas ?

Il arrive parfois que, même avec toute la meilleure volonté du monde, certains ne puissent, pour une période donnée, pas partir en vacances. Lorsque tel est le cas, il peut arriver, lors d’une baisse d’activité saisonnière notamment, de se sentir désarçonné. Pas de panique, c’est bien connu, un chef d’entreprise a toujours quelque chose à faire. D’abord, ne pas partir en vacances ne signifie pas ne pas prendre du tout de jours de congés. Faire du sport, lire, marcher, s’allonger au soleil dans un parc, boire un verre en terrasse… Autant d’activités que vous pouvez faire près de chez vous. En plus de vous aérer l’esprit, c’est également l’occasion de prendre du recul sur votre activité : quelles actions ont été menées cette année ? Qu’est-ce qui a fonctionné et qu’est-ce qui n’a pas marché, et pourquoi ? Que pourrait-on lancer pour la rentrée ? D’un autre côté, cette période creuse s’avère également l’occasion de faire tout ce que vous n’avez pas le temps de faire habituellement : ranger l’environnement de travail, trier les documents, tester d’autres manières de fonctionner (facturation, gestion des e-mails…) ou encore améliorer sa visibilité sur les réseaux sociaux. Vous savez désormais ce qu’il vous reste à faire. Et, qui sait, peut-être partirez-vous sur une île ensoleillée l’été prochain !

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