Œuvrer au bien-être de ses salariés : pari gagnant !

L'équipe Dynamique Entrepreneuriale     19/06/12    
Interview de Patrick Dumoulin, directeur général de Great Place To Work® France, l’institut qui établit chaque année le classement des entreprises où il fait bon travailler.

Comment définissez-vous une entreprise où il fait bon travailler ?

Dans les entreprises qui veillent au bien-être de leurs salariés, les collaborateurs ont confiance dans le management et sont fiers de leur travail et de leur entreprise. Une atmosphère de convivialité et de bonne humeur y règne. Confiance, fierté et convivialité sont la base de l’épanouissement du salarié dans l’entreprise. Et cela est non négligeable car n’oublions pas que le salarié est le premier ambassadeur, voire le premier recruteur, de l’entreprise.

Travailler au bien-être de ses salariés : est-ce une des missions du dirigeant ?

Absolument ! Il faut bien comprendre que le social et l’économique sont indissociablement liés. Si vous êtes bon socialement, vous avez plus de chance d’être bon économiquement car le bien-être au travail contribue très largement aux performances du salarié. Dans ces entreprises où il fait bon travailler, il est intéressant de noter que vous n’avez pas ou très peu d’absentéisme et que le turn over est très inférieur à celui que l’on observe dans les secteurs concernés. Améliorer les performances sociales d’une entreprise permet de garder les meilleurs éléments. Plus qu’une stratégie, c’est devenu une obligation du chef d’entreprise. C’est dans un environnement propice à l’épanouissement que chacun va pouvoir donner le meilleur de lui-même. être une entreprise où il fait bon travailler devrait être l’objectif premier du conseil d’administration !

Est-ce que les bonnes pratiques managériales visant le bien-être des salariés sont applicables aux tpe/pme ?

Être une entreprise où il fait bon travailler n’est pas une question de secteur ni de moyen, c’est la plupart du temps une simple question de bon sens. Dans beaucoup d’entreprises aujourd’hui, il est par exemple impossible d’envoyer un email après 19h ou avant 7h pour protéger l’équilibre entre la vie pro et la vie perso des collaborateurs. Vous n’avez pas besoin d’être une grosse société pour mettre cela en place. Pour les petites entreprises, améliorer le bien-être des salariés va par exemple passer par l’achat d’un petit canapé, d’un frigo avec des boissons dedans,… tout cela pour permettre au salarié de faire des petits breaks agréables avec ses collègues. Créer une atmosphère conviviale, c’est mettre en place des choses simples et peu coûteuses mais qui changent le quotidien du salarié, comme célébrer les anniversaires de chacun par exemple.

Dans les entreprises où il fait bon travailler, la rémunération est-elle supérieure à la moyenne ?

En parlant de rémunération, on aborde le sujet important de la reconnaissance. Au niveau de la reconnaissance matérielle, les salaires ne sont ni plus ni moins élevés que la moyenne dans les entreprises où il fait bon travailler. Mais des sociétés comme Leroy Merlin par exemple pratiquent d’autres formes de rémunération avec l’actionnariat salarié ou le versement d’intéressements au bénéfice avec des bonus égalitaires. Ensuite, il y a la reconnaissance immatérielle qui passe par des phrases simples telles que « Merci pour les efforts que vous avez fait ! » ou « Bravo pour les performances de l’équipe ! ». Cette attention portée aux individus est très importante. Vous avez par exemple le groupe Netapp dont le président, qui se trouve aux états-Unis, prend le temps plusieurs fois par semaine de téléphoner directement aux salariés qui ont fait de bons résultats pour les féliciter et les remercier.

L’évolution des salariés est elle aussi un facteur important pour leur épanouissement ?

Très clairement. Il y a des entreprises telles que McDonald’s où l’on peut partir du bas et monter petit à petit les échelons. De plus en plus d’entreprises sont davantage attentives aux talents issus d’horizons divers et à la motivation qu’aux diplômes de telle ou telle école. La formation est aussi un enjeu important dans ce parcours d’évolution. On constate que les entreprises où il fait bon travailler dédient à la formation un budget supérieur à celui imposé légalement. La formation ne sert pas qu’à augmenter les compétences des collaborateurs. Elle est aussi utilisée pour ouvrir culturellement les salariés. Cela fait partie de l’effort de reconnaissance.

Faut-il copier ces entreprises pour créer une culture forte dans son entreprise ?

La culture d’entreprise doit rester unique pour chaque société. Ce n’est pas parce qu’il y a des bonnes pratiques qui fonctionnent bien dans l’entreprise X que cela marchera aussi bien chez vous. Bien sûr les pratiques des entreprises où il fait bon travailler peuvent être une source d’inspiration. Mais je ne crois pas aux vertus du copier-coller dans ce domaine. La seule chose à copier serait le souci de remise en question et d’amélioration constante du management et des performances sociales des entreprises où il fait bon travailler. Cette obsession permanente de progression marque l’ADN des entreprises dans lesquelles les salariés sont épanouis. 

3 Conseils

1. Écoutez attentivement ce que vous disent vos salariés. Et ayez l’humilité de remettre en question votre style de management.
2. Mettez en place des choses simples : Chez nous par exemple nous organisons régulièrement des petits déjeuners à thèmes. Cela ne coûte pas une fortune ! Ces petits évènements simples vont fédérer les équipes.
3. Faites des actions qui seront bonnes pour tous : Si vous organisez des teambuilding, il vaut mieux aller moins loin avec tout le monde qu’aller plus loin avec très peu. Les managers ont tendance à ne récompenser que les forces commerciales. Or ceux qui gèrent les comptes ou la logistique sont tout aussi importants pour l’entreprise !