Mobilité bancaire : le dispositif séduit, mais des réticences persistent

L'équipe Dynamique Entrepreneuriale     13/07/18    
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Changer de banque est devenu plus aisé aujourd’hui, grâce à la loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques, dite « loi Macron », adoptée en juillet 2015. Pour faire jouer la concurrence et favoriser la mobilité bancaire, une mesure est ainsi mise en place depuis le 6 février 2017. La loi impose donc aux banques qui accueillent un nouveau client, un service gratuit d'aide. Les établissements effectuent à sa place toutes les démarches liées à un changement de compte. Ils vont alors transférer les données des comptes courants et aussi traiter les différentes opérations comme les virements et prélèvements. Depuis son application, le dispositif séduit en France, mais des réticences persistent.

Un bilan positif selon un rapport du CCSF

Selon un rapport du CCSF (Comité consultatif du secteur financier, qui a pour mission d'étudier les questions liées aux relations entre les établissements financiers et leurs clientèles, ndlr) publié le 11 juillet, le service d'aide à la mobilité bancaire a bien fonctionné pour sa première année d'application. 1,2 million de demandes de changements de banque ont été effectuées. 45 % à 60 %  d'entre elles ont débouché sur une fermeture de compte. Elles représentent plus de dix millions de flux échangés entre les banques à destination des émetteurs de virements et de prélèvements. Le système a bien marché selon les dires de plusieurs établissements bancaires malgré « une période de rodage difficile de quelques mois liée à l'entrée en vigueur de la réglementation ». Du côté des entreprises impliquées par ces transferts d'argent comme EDF, le producteur et fournisseur d'électricité ainsi que les caisses de retraites ou de mutuelles, c'est le même constat. 73 % d'entre elles ont déclaré ne pas avoir connu de difficultés pour respecter le délai de dix jours ordonné pour modifier les informations bancaires de leurs clients.

Des clients satisfaits, mais avec des réserves

Près d’un Français sur deux était client de sa banque depuis plus d'une vingtaine d'années et uniquement 3 % d’entre eux avaient l’intention de partir pour une autre banque, selon une étude Boursorama/OpinionWay effectuée fin 2016. Un nouveau sondage réalisé en avril 2018 par OpinionWay, auprès de 2 144 individus, montre que la mobilité bancaire séduit petit à petit en France. Sept Français sur dix affirment connaître ce service et quatre sur cinq ont choisi de l'utiliser. 85 % des acquéreurs de ce dispositif en sont contents et 46 % trouvent que le temps de transfert d'opérations vers un nouveau compte est assez rapide. Cependant, des réserves demeurent. 17 % des personnes interrogées ont eu envie d'ouvrir un compte dans un nouvel établissement bancaire, mais ont décidé de renoncer. Les raisons : la difficulté de choisir une banque pour 44 % d'entre eux et l'appréhension des difficultés de changement de banque pour 43 % d'entre eux. Le procédé séduit, mais il est loin du succès retentissant, en comparaison des quatre-vingts millions de comptes en banque dans l'Hexagone. Le taux de mobilité bancaire en Europe est situé autour de 8 % à 10 % alors que la France est loin derrière, aux environs de 3 à 4,8 % par an.

Des résultats insuffisants pour l'association UFC-Que Choisir

L'association UFC-Que Choisir, ayant pour but d'informer, de guider et de défendre les consommateurs, est montée au créneau pour dénoncer des résultats insuffisants. Elle met en lumière selon elle, le faible nombre de demandes et les nombreux dysfonctionnements autour du dispositif. Lors d'une enquête réalisée en 2017, le groupe avait déjà souligné les nombreuses difficultés que pouvaient rencontrer les consommateurs comme des refus de mandats de mobilité et des délais non respectés. Il dénonce également l’absence de réponses claires de la part des professionnels financiers sur ces aspects. Le président de l'association Alain Bazot souhaite interpeller les parlementaires à l’occasion de l'examen de la loi Pacte porté par Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances. Il aspire à ce que les représentants politiques trouvent « des solutions aux freins les puissants à la mobilité bancaire, en particulier la domiciliation des revenus dans le cadre du crédit immobilier et le coût des transferts des produits d’épargne. »

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