Le marché du reconditionné, un business en plein essor

L'équipe Dynamique Entrepreneuriale     07/11/18    
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Fructueux, efficace et écologique, le reconditionnement d'objets est devenu en quelques années, une alternative crédible face au neuf, qui attire de plus en plus d'adeptes. Il se définit par une remise en état d'un produit, par exemple, un smartphone et se différencie du matériel d'occasion. La tendance des produits reconditionnés ne cesse de séduire grâce à ces prix attractifs. Même si des géants comme Apple et Samsung surfent sur la mode du reconditionnement, des entreprises françaises ont même su se lancer très tôt dans ce marché et est en prendre une part importante. Zoom sur ce business florissant.

Selon une étude d'Omnibus YouGov (société internationale d'étude de marché, ndlr) réalisée en février 2018, auprès de 1 001 personnes âgées de 18 ans et plus, 33 % des Français posséderaient un produit reconditionné et 45 % d'entre eux plébiscitent les smartphones reconditionnés. Les ordinateurs et le petit électroménager comme le micro-ondes, le grille-pain ou l'aspirateur se placent à la deuxième place du podium des produits les plus choisis dans le reconditionnement, avec chacun 20 %. Le gros électroménager notamment les congélateurs et les tablettes complètent le classement, avec respectivement 14 et 11 %. Parmi les consommateurs de produits reconditionnés, plus de 85 % sont satisfaits par leur achat. Pour les 67 % de Français encore réticents à acheter ce genre de produit, 51 % affirment qu'ils préfèrent acheter quelque chose de neuf tandis que 37 % sont inquiétés à propos de la qualité du produit reconditionné. Même si des Français se refusent encore à prendre un objet reconditionné, ils sont de plus en plus depuis quelques années à se laisser tenter par ces offres.

Un business qui s'envole grâce aux smartphones

Le marché mondial du reconditionné est estimé à plus de 50 milliards d'euros, dont 22 milliards d'euros concernant essentiellement les smartphones. Le marché pourrait même peser 52,7 milliards de dollars d’ici à 2022, selon des informations prononcées par Mathieu Millet, dirigeant Remade Group, une entreprise française de reconditionnement. 140 millions de smartphones reconditionnés auraient été vendus en 2017 dans le monde soit une croissance de 13 % par rapport par 2016, selon les chiffres d’une étude effectuée cette année par la société d'études de marché, Counterpoint Research, spécialisée dans les entreprises technologiques du secteur de la téléphonie mobile. Dans l'Hexagone, ce serait plus de 2 millions d'appareils qui auraient été vendus l'année dernière, représentant 10 % des ventes des téléphones portables dans le pays. Un chiffre qui a presque doublé en moins de deux ans. Mais pourquoi un tel essor ? Face à des appareils de smartphones de plus en plus sophistiqués, mais dont les prix atteignent des records, les consommateurs se tournent vers des solutions moins coûteuses, notamment les téléphones reconditionnés. Contrairement à un produit d’occasion, il sera totalement remis à neuf, avec un prix de vente beaucoup plus bas. De plus, le reconditionnement permet de réduire les conséquences écologiques de la téléphonie mobile en prolongeant leur durée d'existence. En deux ans,  85 à 95% des émissions en CO2 d’un smartphone neuf seraient dus à sa production.

Des start-up françaises se lancent dans le marché

Des jeunes pousses tricolores se lancent de plus en plus dans le marché du reconditionné. Certaines atteignent même des sommets. La start-up Back Market créée en novembre 2014, par Thibaud Hug de Larauze, Vianney Vaute et Quentin Le Brouster propose ainsi plusieurs produits électroniques reconditionnés, du téléphone portable à l'ordinateur en passant par les télévisions et l'électroménager. Elle a réalisé l'an dernier 96 millions d'euros de volume d'affaires dans cinq pays, réalisant une croissance de 220 %. Rassemblant plus de 350 usines partenaires, dont plus d'une centaine dans l'Hexagone, elle met en lumière des offres pouvant aller jusqu'à  - 50 % du prix d'un appareil neuf. L'entreprise a levé en août dernier, 41 millions d'euros via le fonds d'investissement Daphni, le groupe Arnault, le PDG du site showroomprive.com Thierry Petit et la société d'investissement Eurazeo, pour s'implanter à l'international, notamment aux États-Unis. Quant à RemadeGroup, lancée par Mathieu Millet en 2013, elle est l'une des entreprises leaders des smartphones reconditionnés sur le marché européen. Avec plus de 850 salariés et deux sites de production basés en Normandie, la société a réalisé plus de 130 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2017. La jeune pousse a effectué une levée de fonds en août 2018, de 125 millions d'euros. Objectif : étendre son activité à l'international, notamment au Maroc, en Inde, en Chine ou encore en Australie.

Ce marché du reconditionné intéresse les élus politiques français et provoque plusieurs débats. Une députée de La République En Marche, Aina Kuric, a lancé une proposition au mois de juillet dernier à Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des Comptes publics, afin d’étudier l'éventualité de la mise en place d’une TVA à taux réduit de 5,5 % pour ce secteur. La plupart des produits reconditionnés sont soumis au régime identique de l’objet à l’état neuf, soit un taux de 20 %. Elle a mis en lumière l’intérêt de ce marché, de par son atout pour la protection de l'environnement via le recyclage et par une activité en croissance qui pourrait favoriser la création d'emplois. De plus, la TVA à taux réduit favoriserait une baisse de prix de vente des produits ce qui les rendrait encore plus compétitifs envers les produits neufs. Une quarantaine de députés de la majorité est allé dans ce sens en déposant plusieurs amendements, à l’occasion de l’examen du projet de loi de finances pour 2019, dans le but d' «  encourager la consommation de produits plus responsables issus de l’économie circulaire. » Reste que les députés de la commission des finances ont refusé cette proposition le 12 octobre, le rapporteur précisant que la mesure est contraire à la législation européenne, qui n’autorise pas l’application d’un taux réduit de TVA pour ces produits spécifiques. De plus, le gouvernement avait déjà écarté cette idée en août 2018 jugeant la mesure « coûteuse pour les finances publiques ».

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