Les anges gardiens de l'entrepreneuriat

L'équipe Dynamique Entrepreneuriale     01/04/09    
Interview de Claude Rameau, président de l'association France Angels

En quoi consiste l'association France Angels ?

Il s'agit d'une fédération des réseaux de business angels (BA) qui regroupe et fédère les 67 réseaux locaux de BA de France (environ 4500 membres). France Angels s'est engagé dans la promotion du financement de la création d'entreprise par des personnes physiques. 

Notre fédération communique donc dans les médias ou organise des évènements afin de convaincre des investisseurs potentiels de nous rejoindre ou de recourir à ce type de financement. Nous organisons aussi auprès des milieux officiels un lobbying afin d'encourager leur développement. Il y a 5 ans, le retard de la France dans ce domaine était notoire.

Aujourd'hui, la situation s'est grandement améliorée même si nous restons très en décalage par rapport aux états-Unis. En 2008, les BA ont investi dans 350 projets pour un montant total de près de 100 millions d'euros de fonds apporté en capital dans les sociétés à risques.

Qu'est-ce qu'un Business Angel?

C'est une personne qui décide d'investir une partie de son argent personnel dans une société innovante à potentiel. En dehors de l'aspect financier, il apporte à l'entrepreneur du temps, des compétences, de la disponibilité, de l'enthousiasme et un regard extérieur sur le projet. En outre, il fait bénéficier l'entrepreneur de ses relations au niveau des entreprises et des institutions économiques, locales, voire même politiques ou gouvernementales.

La différence entre un BA et les autres types de financeurs se ressent dans cet aspect qualitatif qu'il fournit à l'entrepreneur.  D'autre part, rappelons qu'un BA n'a pas de compte à rendre. Il sera peut-être plus apte à oser prendre des risques stratégiques qu'une société de financement subissant la pression de ses actionnaires. Financer la création représente l'investissement le plus risqué, d'où la difficulté pour l'entrepreneur de rassembler des fonds.

En France, le financement de l'entrepreneuriat demeure en grande partie assuré par les BA. Ceux-ci représentent donc des acteurs indispensables pour la santé de l'économie nationale. Je tiens particulièrement à souligner qu'il n'y a pas besoin d'être millionnaire pour le devenir : la participation financière minimum ne s'élève qu'à 5 000 euros. 

Dans de tels cas, plusieurs BA se fédèrent en réseau afin de rassembler des sommes importantes. Grâce à leur organisation en réseau, des projets coûteux, allant jusqu'à plusieurs centaines de milliers d'euros, peuvent être financés.

Y a-t-il un profil type ?

Les profils de ceux qui investissent à titre personnel sont très divers. On peut néanmoins dégager deux grands types de BA :

  • Les cadres supérieurs en préretraite ou en retraite, qui ont du temps.  Lors de leur carrière, ils ont accumulé un patrimoine qui n'est pas forcément très important mais qu'ils décident d'investir.

Ce type de profil représente environ 70 % des BA et ce sont des personnes généralement souples et patientes.

  • Les entrepreneurs multiples, quarantenaires.

Après avoir monté et revendu une société, ils se sont enrichis. Plus pointus que leurs ainés dans les domaines technologiques et Internet, ils bénéficient d'une expérience managériale moindre et se révèlent souvent plus impatients et plus directifs vis-à-vis des entrepreneurs qu'ils soutiennent.

Comment évoluent aujourd'hui les BA ?

La tendance actuelle conduit vers la syndication des BA, c'est-à-dire vers l'investissement non plus seul, mais en groupe de BA, au sein de réseaux. Néanmoins, même un réseau de BA n'investira pas plus de 200 000 euros. On assiste alors à des mouvements de co-investissements entre réseaux de BA dans le cadre de projets nécessitant de lever des fonds importants, aux alentours de 600 000 euros par exemple.

Quels éléments d'un projet peuvent convaincre un BA ?

  • La qualité de l'entrepreneur et de son équipe : en cela tient la clé de l'investissement. Si le BA n'est pas enthousiasmé par l'entrepreneur ou qu'il sent qu'il ne peut lui faire totalement
     confiance, il n'investira pas.
  • L'adéquation produit/marché : une règle évidente mais qui est malheureusement oubliée dans bien des projets.
  • L'ambition du projet : les BA ne s'intéressent en général qu'à des projets innovants ou à des projets portant en eux une ambition de développement conséquente.
    Attention, l'innovation n'est pas réservée aux seuls domaines technologiques !

Quelle somme investissent en  moyenne les business angels ?

Les BA ne regardent pas les projets qui ont des besoins de financements réduits. La somme moyenne investie se situe entre 200 000 et 500 000 euros.

Quel statut acquièrent les business angels dans les entreprises qu'ils soutiennent ?

Ils prennent possession de 15 à 25 % du capital et restent toujours des actionnaires minoritaires.  Le but est que, malgré la perte d'une partie de son capital, l'entrepreneur se sente encore chez lui dans son entreprise. Le BA n'intervient pas directement dans la gestion de l'entreprise.  Par contre, il peut avoir une très forte influence sur les décisions stratégiques majeures et intègre le conseil d'administration.  Je précise que le BA n'est jamais rémunéré pour les services qu'il apporte à l'entreprise.

A quel moment et pourquoi le business angel se retire-t-il du capital de l'entreprise ?

En principe le BA n'a pas pour vocation de garder éternellement ses parts du capital de l'entreprise (min. 4/5 ans et max. 6/7 ans).

Dans le contrat d'actionnaire, signé au moment de l'entrée en capital du BA, celui-ci précise son intention de sortir du capital au bout de quelques années.

On dénombre quatre cas de figure à la revente par le BA du capital.

1. la sortie industrielle : le BA vend ses parts à une entreprise
2. la reprise sous forme financière par des LBO
3. l'entrée en bourse
4. le dépôt de bilan de l'entreprise. Dans ce dernier cas, le BA perd tout ce qu'il a investi. Un risque à accepter lorsqu'on devient BA.

Qu'est-ce qui motive à devenir business angel ?

Le BA s'intéresse en général à autre chose que l'argent car le risque de cet investissement demeure élevé. Réaliser une plus-value intéressante à la revente demeure pour le BA une chance assez rare.  On devient BA avant tout par passion, par envie de se lancer dans une aventure entrepreneuriale dans laquelle il va s'impliquer. Certains investissent dans le but de soutenir le dynamisme et la création d'emplois dans leur région.