Google se transforme pour devenir Alphabet : analyse d'une stratégie

L'équipe Dynamique Entrepreneuriale     13/08/15    
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À la surprise générale, Google a annoncé le lundi 10 août une importante restructuration. Google Inc. va, dans les semaines à venir, laisser la place à Alphabet Inc., conglomérat dans lequel Google ne sera désormais qu'une filiale parmi d'autres. Quelles sont les raisons et les conséquences possibles d'une telle stratégie ?

Une division plus marquée des activités du groupe

Brocardée par les investisseurs pour un manque de clarté dans les résultats du groupe, la société de Mountain View a opéré un changement radical de stratégie. Place à Alphabet, "une collection d'entreprises" selon les dires de Larry Page, cofondateur de Google. Ces dernières années, l'entreprise avait multiplié les acquisitions de start-ups innovantes, diversifiant ainsi son champ d'activité. Nest, spécialisé dans les objets connectés et Calico (santé) sont venus compléter Google Fiber (fibre optique), Google X (recherche), Sidewalk Labs (logistique urbaine) et les activités du cœur de métier de l'entreprise (YouTube, Chrome, Androïd, moteur de recherche...). 
Avec Alphabet - qui chapeautera le tout - chacune de ses activités deviendra une entreprise présentant sa propre comptabilité et ayant un directeur général à sa tête. Cette restructuration semble, avant tout, avoir été pensée pour répondre aux critiques de Wall Street quant au manque de rentabilité général de la société californienne. En faisant de Google une simple filiale, Larry Page et Sergueï Brin espèrent rassurer les investisseurs quant à la rentabilité des activités traditionnelles de Google. Avec l'arrivée récente de Ruth Porat, ancienne de Morgan Stanley, à la direction financière, c'est le second signe fort que Google envoie à Wall Street en quelques mois. Message parfaitement entendu, semble-t-il : l'action de l'entreprise a grimpé de 6 % le jour de l'annonce.

Une restructuration permettant l'éclosion des talents

Le grand bénéficiaire de la création d'Alphabet est Sundar Pichai. L'ingénieur indien a gravi discrètement les échelons de Google ces dernières années. De manager produit, le voici dorénavant propulsé à la tête de Google, désormais filiale d'Alphabet. Sa responsabilité s'en trouve élargie : il s'occupera de toutes les activités traditionnelles de la société, les plus rentables. Courtisé par Twitter il y a 4 ans, Google a tout fait pour le garder en son sein : il jouit de la confiance pleine et entière de Larry Page. Alphabet, par sa collection d'entreprises, aura pour effet bénéfique de créer des équipes dirigeantes et des opportunités de carrière dans chacune de celles-ci, pour mieux retenir les talents. La concurrence étant féroce dans la Silicon Valley, beaucoup ont été démarchés ces dernières années. La stratégie de Google pourrait donc aussi bien répondre à des impératifs de management interne.

Les questions soulevées par la création d'Alphabet

Larry Page n'a jamais caché son admiration pour Warren Buffet. Alphabet est, en ce sens, inspiré de la holding Berkshire Hathaway de l'investisseur américain. À une différence près, cependant : alors que toutes les filiales de celle-ci sont viables économiquement, ce n'est pas le cas pour les entreprises d'Alphabet. Google X, spécialisé dans la recherche de technologie futuriste (Google Glass, voitures sans conducteur, implants neuronaux...) et Calico, cherchant des solutions médicales innovantes, sont largement déficitaires. L'effort de rationalisation opéré par la société de Mountain View sera-t-il compatible avec la vue à court terme des investisseurs ? Les "moonshots", ces recherches relevant parfois de l'imaginaire de la science-fiction, continueront-ils à être financés ? Ces questions semblent légitimes, et de nombreux analystes américains craignent une pression accrue sur Alphabet pour se débarrasser des filiales les moins viables. Les investisseurs sont notamment très inquiets sur l'inflation des dépenses : celles-ci ont augmenté de 23 % l'année dernière. Avec Alphabet, les différentes filiales devraient ainsi se montrer plus prudentes.

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