Financement externe : le parcours du combattant

Michel PIVOT     17/12/13    
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Avec vos équipes, vous avez travaillé sur votre business plan. Vous avez constaté qu’il est nécessaire de renforcer votre structure de financement. Pour faire plus simple, il vous faut du cash !

Vous avez déjà travaillé sur votre cash interne, en relançant vos clients, en optimisant vos stocks, par exemple. Il vous faut maintenant trouver des ressources externes. Vers qui vous tourner? Quelles vont être les contraintes ?

Les possibilités de financement externe sont diverses : banques, investisseurs, crowdfunding, subventions.

Comment choisir ?

Avant de vous tourner vers tel ou tel type de financement vous devez vous poser la question de vos objectifs et de vos contraintes. Votre structure de bilan est-elle suffisamment bonne pour qu’un banquier s’intéresse à votre dossier. Êtes-vous prêt à partager le pouvoir avec d’autres investisseurs. Avez-vous les équipes nécessaires pour préparer les documents, les dossiers à présenter à des investisseurs, à des organismes de subvention … Ces questions montrent que rechercher du financement externe n’est pas anodin. Cela va vous prendre du temps. Il est donc important de bien choisir sa voie.

La banque, ai-je droit au prêt ?

Quoiqu’on en dise, c’est la source principale du financement des entreprises en France. Les banques, continuent à prêter, même si il est clair qu’elles prêtent moins qu’avant. Cela ne concerne pas trop le moyen et le long terme. Cela est beaucoup plus vrai pour le court terme.

Elles sont aujourd’hui contraintes par la convention Bâle 3, qui a été conclue après la crise de 2008. Elle a pour conséquence d’obliger les banques à disposer de plus de fonds propres pour le même niveau de prêt. Cela tient compte de la nature du prêt et du risque qu’il représente.

Cela a eu deux conséquences :
- Les banques doivent augmenter leurs fonds propres, ce qui signifie améliorer leur marge. Leur aversion du risque est d’autant plus grande. Elles sont donc plus exigeantes sur la qualité de l’emprunteur.
- Les banques prêtent plus sur des crédits qui sont moins risqués, du point de vue de Bâle 3. Ainsi, elles ne proposent pratiquement plus de crédit de trésorerie, mais mettent en avant systématiquement l’affacturage, car ce financement est adossé à des factures clients.

Pour les entreprises, il est plus difficile de trouver du financement. Le préalable est en général : la structure saine de bilan, le cash interne optimisé ce qui signifie que le besoin de fonds de roulement est bien maîtrisé. Il est également important qu’elles entretiennent depuis longtemps une relation de confiance avec leur banque, en la rencontrant régulièrement pour la tenir informée.

Par ailleurs le financement à court terme, quand il est obtenu, est plus cher, car l’affacturage est un mode de financement qui coûte plus. Il nécessite également un investissement en temps pour pouvoir le suivre, et le contrôler.

Les investisseurs, partage du pouvoir

Malgré toutes les évolutions fiscales de ces derniers temps, il y a toujours des investisseurs. Si votre projet est bon, il pourra être financé. Il y a toutes sortes d’investisseurs, et votre première démarche c’est de vous adresser à la bonne catégorie. Si vous avez créé une start-up c’est au capital-risque vers qui il faut vous tourner. Si vous existez et que vous voulez vous développer (à l’export par exemple), ce sont les investisseurs spécialisés en capital développement qui vous intéressent. Etc…

Faire rentrer des investisseurs n’est cependant pas anodin, car en contrepartie de leurs apports, ils auront des exigences sur leur participation au capital, le management de votre société, sa stratégie … Vous ne serez plus le seul pilote à bord. Il vous faudra rendre des comptes. L’interventionnisme des investisseurs n’est pas toujours important, mais il existe, et vous devez l’accepter avant d’envisager de vous tourner vers ce type de financement.

Si votre décision est prise, sachez que le parcours sera long (12 mois sont fréquents). La première chose est de faire un bon business plan. C’est votre outil de communication. Il doit être sincère, réaliste, tout en donnant envie. Le plus important est la synthèse qui se trouve au tout début du document. L’investisseur commencera par lire cela. Il y passera très peu de temps, car il est probable qu’il reçoive beaucoup de business plans. Cela lui plaît, correspond à sa stratégie, il lira la suite, et si vous avez bien travaillé, il vous appellera. Sinon c’est le classement vertical.

Ne croyez pas que parce qu’un investisseur vous aura contacté, vous avez atteint le Graal. Non la route est encore très longue. Il vous posera beaucoup de questions et vous testera, mais cela vous fera progresser dans votre projet. Quand enfin il sera d’accord, et que ses demandes vous conviendront, n’oubliez pas de rédiger un pacte d’actionnaires. Ce document régira vos relations entre actionnaires. Il est très important. Prenez un conseil spécialisé qui vous aidera à négocier et vous permettra de mieux le comprendre. Ce document doit être signé avant l’entrée au capital de votre investisseur.

Le Crowdfunding : le financement participatif

Le financement par la foule, si on le traduit littéralement. Il s’agit de financer un projet, une entreprise en s’adressant à des investisseurs qui chacun mettront une somme. Ce financement connaît aujourd’hui un essor en France, mais existe depuis beaucoup plus longtemps aux USA, où il est maintenant bien implanté.

Le Crowdfunding a été très largement facilité par internet et la création de plateformes. Il a été popularisé en France par le financement du premier disque de Grégoire.

Il existe aujourd’hui de nombreuses plateformes de financement qui s’adressent à tous types de projets et sous toutes formes de financement : dons, prêts, apports en capital. En France, la loi actuelle est assez restrictive à la fois sur le montant que chacun peut investir, et sur le nombre d’investisseurs. Un projet de loi est en cours de négociation avec pour objectif de libéraliser ce secteur et de permettre le financement de projets plus importants.

Si vous créez une société, que vous voulez financer un investissement, le crowdfunding peut être une solution, au moins partielle. Il est important que vous montiez votre projet de façon sérieuse, car vous avez en face de vous des investisseurs qui doivent être respectés. Les plateformes spécialisées vont vérifier votre sérieux et vont vous demander des informations pour fiabiliser ce que vous communiquez. Il n’en reste pas moins que l’aspect marketing de votre demande est important pour que des investisseurs s’y intéressent et vous apportent des fonds.

Le crowdfunding peut donc vous aider à financer certains projets. Cela reste pour l’instant relativement marginal, mais est sans doute appelé à se développer.

La chasse aux subventions

Il en existe de très nombreuses, dont il n’est pas possible d’en faire un catalogue. Elles peuvent être remboursables ou pas, avec des demandes de garantie ou sans. Elles proviennent d’organismes publics comme les conseils régionaux, ou d’associations diverses comme le réseau Entreprendre. Elles peuvent servir à financer le démarrage d’une entreprise, de la recherche, du développement export ….

La difficulté des subventions c’est de trouver la bonne. C'est-à-dire celle qui correspond à votre projet. Celle pour laquelle vous remplirez les critères d’attribution. Dans le maquis, c’est souvent compliqué de s’y retrouver.

Le premier conseil c’est de définir, en priorité, la raison pour laquelle vous allez chercher une subvention. Cela vous permettra de circonscrire le périmètre de recherche. Quand vous aurez identifié le ou les organismes susceptibles de vous financer, il faut avant d’aller plus loin, vérifier les critères d’attribution. Si vous ne les remplissez pas, ne perdez pas votre temps.
Si vous correspondez aux critères, prenez contact avec l’organisme pour vérifier qu’il a toujours des fonds disponibles pour l’attribution des subventions. Il arrive, en effet, qu’en cours d’année, les fonds alloués pour tel type de subvention soient épuisés. Il ne sert à rien alors de déposer un dossier. S’il reste de l’argent, vous pouvez compléter votre dossier et le déposer.

Les subventions sont donc un financement à utiliser, mais attention au temps perdu à leur recherche, surtout si vous n’avez pas optimisé celle-ci.

Vous pouvez constater que les sources de financement externe existent. Elles seront d’autant plus accessibles que votre société aura fait son travail sur l’amélioration du cash généré par son business. Dans tous les cas, les obtenir n’est pas un long fleuve tranquille et vous demandera un investissement en temps et en compétences. N’hésitez pas à aller chercher ces compétences à l’extérieur si vous n’en disposez pas où si elles sont déjà surchargées.