Etre dirigeant de TPE en pleine crise économique

Alexandra Goachet     09/04/13    
crise economique

A bien y réfléchir, qui aurait envie d'être dirigeant en période de crise ? Et pourtant, ils sont nombreux à relever le défi quotidien de développer leur entreprise, d'embaucher, de créer.

De la théorie à la pratique

Dans l'esprit collectif, le dirigeant d'entreprise à un statut à part. Considéré comme un nanti, il a du pouvoir et gagne de l'argent. Qu'en est-il vraiment ?

Bien sûr il s'agit de gagner sa vie, pas si évident quand la réalité vous rattrape, et ce sans compter les nombreux obstacles que peut rencontrer un dirigeant de petite entreprise.
Être dirigeant, c'est être hyper polyvalent et maîtriser tous les métiers liés à la vie de son entreprise : technique, production, qualité, commercial, administratif, juridique, comptable, gestion. Autant de fonctions pour lesquelles un patron ne réalisera pas les recrutements nécessaires à l'inverse d'une plus grande société.

En effet, la priorité, lorsque l'on dirige une petite entreprise, c'est de recruter les personnes répondant aux besoins spécifiques de son activité. Celles qui participent 100 % de leur temps à créer le chiffre d'affaire et la valeur ajoutée de l'entreprise. Pour le reste, la très grande majorité des dirigeants de TPE se débrouille. Obtenant, in fine, des emplois du temps surchargés.

L'environnement économique n'est pas favorable aux dirigeants selon 88% des chefs d'entreprise et 79% des salariés. 87 % des dirigeants estiment aussi qu’il est plus dur de faire vivre économiquement leur société aujourd’hui qu’il y a 10 ans. (1)

Quelques chiffres à noter (1) :

Les dirigeants jugent qu’il est plus difficile pour :

  • 79% d'entre eux de reprendre une entreprise, 
  • 75% d’en créer une, 
  • 68 % de transmettre une entreprise
  • 66 % de manager ses équipes

Les perspectives pour 2013

Pour 2012, la croissance des TPE a connu une récession avec l'effet de l'inflation. Il faut aussi ajouter une création nette d'emplois qui a chuté de 3 points par rapport au dernier trimestre. (2)

Le quotidien du dirigeant ressemble finalement à une succession d'urgences que la crise accentue en venant aggraver les problématiques de trésorerie. D'ailleurs, la situation financière des TPE s'est dégradée de 5 points pour atteindre -25 %, proche des niveaux atteints en 2008-2009. Au final, 36% des dirigeants jugent leur situation financière préoccupante. (2)

Conséquence d'une inquiétude croissante face à la situation économique de la France,
moins de 20 % des chefs d'entreprise se consacrent à préparer l'avenir, et préfèrent se focaliser sur le business (commercial et relation client), qui leur prend la plus grande partie de leur temps. (1)

L'année 2013, s'annonce encore plus difficile. Les perspectives de croissance de leur chiffre d'affaires sont très faibles +0,5% (inflation comprise).
Les dirigeants ne prévoient d'ailleurs pas de reprise économique avant 2015 pour 71% d'entre eux.

Depuis 2008 où la crise ne cesse de s'accentuer, elle a rendu plus impératifs la maîtrise d'un certain nombre d'aspects essentiels à la vie de l’entreprise. Pour 2013, selon une étude (3) les grands défis vont être :

  • le maintien du chiffre d'affaires (50%)
  • la maîtrise des coûts (48 %)
  • la conquête de nouveaux clients (47%)

Quelques chiffres à noter (2)

  • 6 % des dirigeants interrogés envisagent de réduire le nombre d’employés, 
  • 7 % comptent embaucher.
  • Seuls 2 % des entreprises croient à un redémarrage de la croissance française en 2013

La trésorerie au centre de toutes les inquiétudes

Le contexte actuel fragilise les entreprises au niveau financier, d'ailleurs les tribunaux de commerce notent que les défaillances s'accélèrent et que le délai moyen entre la survenue de l'incident de paiement et la mise en cessation est compris entre 3 et 6 mois aujourd’hui.

Il est important de soulever que les relations avec les banques sont de plus en plus tendues. L’accès au crédit est devenu quasi impossible alors que les TPE ont besoin d'une aide financière justement pour reprendre une activité saine et prévoir un investissement (machine ou RH) pour faire face à un débouché potentiel favorisant le développement de l'entreprise.

Le rapport Charpin remis en janvier 2013, a soulevé que 49% des chefs d'entreprise déclarent rencontrer des difficultés occasionnelles à financer leur poste client. Dans 49% des cas c'est à cause d'un accès limité au découvert bancaire, 41% d'un accès limité au crédit à court terme et 14% un accès restreint aux outils de mobilisation de créances.
Ce phénomène est à mettre en parallèle avec la forte dégradation des conditions de paiement, pour plus 1/3 des entreprises, elles ont décalé leurs paiements jusqu'à 15 jours après la date prévue sur la facture au 4è trimestre 2012. Pourcentage très supérieur à la moyenne européenne de 27,5 %. (4)
Force est de constater que les plus mauvais payeurs sont les grands groupes ou l'administration publique.

Ces 2 paramètres contribuent à augmenter les crédits clients ce qui a des répercussions très négatives sur la situation de la trésorerie.

Quelles solutions adopter ?

Pour éviter l'effet ciseaux qui étouffe nos PME, moteur incontournable de la croissance économique française, de bonnes pratiques sont à mettre en œuvre afin de limiter les risques de dégradations de la trésorerie. Un seul mot : anticiper !

  • Faire des prévisions de cash à 6 mois, en cette période, elles sont à actualiser mensuellement. Prendre en compte les dates exactes d'encaissement et de décaissements, les délais de règlements convenus, traduire l'activité commerciale en flux prévisionnel de recettes.
  • Réduire au maximum son Besoin en Fonds de Roulement, cela passe par une grande rigueur au niveau de la facturation et du recouvrement client puis négocier les délais de paiement avec vos fournisseurs.
  • Optimiser au maximum les stocks, les réduire au minimum nécessaire et suffisant pour l'activité.
  • Utiliser les crédits de trésorerie, avant que la situation ne devienne insupportable il vaut mieux demander une ligne de découvert ou un relèvement du plafond de découvert autoriser. Plus facile à négocier lorsque l'entreprise rencontre les premières difficultés que plus tard.
  • Encadrer ces négociations commerciales, en mettant en place si possible des conditions générales de ventes permettant des acomptes de 30 à 40% du montant de la commande. Durcir les conditions de négociations aussi bien en terme de prix que de délais de règlement, pour cela une maîtrise des coûts présente l'avantage de connaître ses prix de revient. Enfin, surveiller la situation financière de ses clients afin d'éviter ou limiter les contrats avec les clients les plus en difficultés.
  • Retravailler la marge, deux aspects à mettre en œuvre, il faut orienter le développement des ventes sur les produits à forte marge tout en acceptant de diminuer temporairement cette marge sur certains produits pour créer du cash.

Seuls 4 entrepreneurs sur 10 se font accompagner alors que c'est un levier indispensable pour la pérennité de l'entreprise. Ne pas rester isolé et savoir s’entourer participe à la construction d’un réseau pérenne et bénéfique pour la suite de l’aventure entrepreneuriale. A noter que la période la plus propice à l’accompagnement se situe après le lancement de l’activité pour 38% des entrepreneurs. Selon le rapport de la Cour des Comptes paru en février 2013, 66% des entreprises sont encore en activité 3 ans après leur création, la moitié après 5 ans. Près de 70 % des entreprises ne bénéficient pas d'accompagnement « alors que ce dernier élément a un impact sensible sur le taux de pérennisation ».

Alors mettons tout en œuvre pour que les patrons de petites entreprises parviennent eux aussi à se faire accompagner. De nombreux projets locaux existent et fonctionnent, essayons de les étendre et de continuer à en faire profiter les dirigeants.

(1) Selon l'enquête OpinionWay/APM – mars 2013
(2) Selon l'enquête IFOP pour Fiducial – (lien : http://www.fiducial.fr/Barometre-des-TPE)
(3) American Express – déc 2012 (lien : http://americanexpressfrance.blogspot.fr/2012/12/american-express-cartes-business-lance.html)
(4) (source Observatoire Institut SAGE http://www.institut-sage.com/voir/1764#utm_medium=newsletter&utm_source=hebdo)

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À propos de l'auteur

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Alexandra Goachet

Dirigeante de Boomerang Consultants, conseil en amélioration des performances et maîtrise des coûts des TPE-PME