Essayer le covoiturage et... l'adopter !

L'équipe Dynamique Entrepreneuriale     15/12/10    
Préserver la planète, libérer de l’espace de circulation… mais aussi créer du lien social, ce sont les motivations de Fréderic Mazzella le bienheureux fondateur de la société
www.covoiturage.fr.

L’histoire a commencé un soir de Noël, lorsque Frédéric Mazzella, ne possédant alors pas de voiture, cherchait à rejoindre sa campagne vendéenne. « Il y avait sûrement quelqu’un dans Paris qui se rendait en Vendée dans une voiture quasi vide… mais comment le savoir ?, Comment être mis en relation ? » Covoiturage.fr était né ! Entre la dinde et la bûche, Frédéric Mazzella a commencé à travailler sur son futur site pour répondre à ce besoin bien identifié et qu’il n’était certainement pas seul à ressentir.

Bardé de diplômes, après 3 ans passés à Stanford, notre créateur revient en France. Il passe plusieurs années chez Kabira, un éditeur de logiciels où il occupe presque tous les postes avant de le quitter pour faire une nouvelle année d’études à l’INSEAD. C’est en 2006 qu’il crée Comuto, la société éditrice du site Covoiturage.fr. « Voir mes amis qui travaillaient dans des grands groupes perdre leur créativité et entendre leurs désillusions ne pouvait que me pousser à créer ma propre entreprise. »

Mais qu’est-ce que le covoiturage ? Coté consommateur, c’est tout simplement le fait d’être plusieurs dans une voiture en partageant ainsi les frais. Economie d’argent certes, et pour les plus sensibles à l’environnement, diminution des émissions polluantes. Coté business, c’est la mise en relation des offres et des demandes pour remplir des voitures vides qui n’ont qu’un seul conducteur et 0 passager. Quand on sait que 80 % des voitures qui roulent n’ont que le conducteur à leur bord et que des centaines de milliers d’heures sont perdues dans les bouchons, on conclut vite que les marges d’optimisation sont énormes.

Aujourd’hui Covoiturage.fr est le 1er site grand public qui propose cette mise en relation entre les conducteurs et les passagers. Il rassemble environ 80 % des offres de covoiturage et compte 1 million de membres qui se disent à 97 % satisfaits par le service. Mais qui sont ces utilisateurs satisfaits ? à 45 % des femmes et à 55 % des hommes, âgés de 18 à 32 ans pour 60 % d’entre eux, majoritairement actifs, avec au minimum un Bac +2.

Car le covoiturage présente de très nombreux avantages : une totale flexibilité, un moindre coût que le train, du quasi porte à porte et le plaisir de rencontrer des gens ouverts et sympathiques. Et l’essayer c’est l’adopter : quand on a testé le système du covoiturage, on a le plus souvent envie de recommencer, tant pour l’aspect financier que pour le coté relationnel. « Quand je voyage seul, sans covoiturés, j’ai l’impression qu’il y a un gâchis ! » déclare un adepte du site.

Il existe pourtant 2 freins majeurs au covoiturage : la confiance et la fluctuation des horaires. Sur quel / le conducteur / trice vais-je tomber ? La personne sera-t-elle fiable et prudente ? En bon professionnel des réseaux, Frédéric Mazzella a su totalement lever ce problème en mettant en place des outils d’évaluation du conducteur. Après chaque voyage, les passagers peuvent laisser sur le site un commentaire et alerter le site s’il y a eu des problèmes. Pour gérer la fluctuation des horaires, Comuto est désormais accessible via tous les Smartphones. En 2011, l’objectif sera d’apporter davantage d’innovations pour coller au temps réel.

Mais ce n’est pas le site grand public avec ses pubs, son club et son intermédiation qui fait le business de Comuto. Leur chiffre d’affaires est issu à 70 % du B to B. En effet, Comuto édite des plateformes de covoiturage dédiées aux entreprises ou aux collectivités. Cela leur permet de développer le covoiturage au sein de leur population de collaborateurs, généralement dans le cadre des PDE (Plan de déplacement d’entreprises). Cela représente beaucoup d’économies pour les collaborateurs et, si l’entreprise cliente a une politique volontariste, elle met souvent à disposition des places de parking prioritaires aux personnes qui pratiquent le covoiturage. Comuto crée aussi des plateformes pour les entreprises qui souhaitent déployer un service de covoiturage pour leurs clients, comme Ikea ou Carrefour par exemple.

Avec un CA en progression, 20 millions de pages vues par mois et 1,25 million d’euros investis par le très sélectif fonds ISAI, cette success-story n’est pas due à la chance. « Une bonne idée c’est bien, mais c’est l’exécution qui en fait toute la valeur » comme aime à le dire son président très mobilisé sur l’innovation et les futurs déploiements internationaux. Dés le départ, Frédéric Mazella a appliqué une politique de recrutement affirmée : pas de stagiaire, mais uniquement des personnes expérimentées. Toutes doivent aller sur le terrain et pratiquer le covoiturage au moins 2 fois dans les premiers mois. De plus, chaque collaborateur est payé avec un fixe et un variable avec de objectifs à 3 mois. Et un nuage volcanique paralysant le trafic aérien ou une grève fortement mobilisatrice peuvent vite faire exploser les compteurs !

Chez Comuto les préoccupations environnementales sont réelles. Les collaborateurs utilisent les transports en commun, les hébergeurs ont été sélectionnés selon des critères environnementaux (basse consommation) et le mobilier de bureau est constitué de matériel d’occasion.

Mais en dehors de l’aspect environnemental de la mobilité partagée, ce qui passionne le plus ce chef d’entreprise, c’est le lien social que crée son activité. « Les gens se rencontrent, voyagent ensemble, se parlent, ce qui apporte de la cohésion. ». Et il semble bien qu’on ait besoin d’un peu plus de cohésion dans ce monde ! 

« Mon entreprise me motive et m’amuse, j’ai l’impression de ne pas travailler et pourtant les journées sont longues ! »