L’entreprise qui veut révolutionner le « Search »

L'équipe Dynamique Entrepreneuriale     17/12/18    
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La start-up Algolia n’est pas forcément connue du grand public. Logique, puisque son cœur de cible se concentre sur les développeurs de sites web ou d’applications mobiles. Algolia leur propose un moteur de recherche qu’ils peuvent facilement intégrer sur leur site ou application. L’entreprise, créée, en 2012 connaît une croissance fulgurante.

Deux cofondateurs au profil technique. 

À l’origine de l’aventure, Julien Lemoine et Nicolas Dessaigne sont deux ingénieurs de talent. Le premier a fait un tour par l’Epita (Ecole pour I’Informatique et les Techniques Avancées) et le second, passé par l’ESIEA, entre au sein de l’entreprise Arisem enn 2001 pour y faire un doctorat en collaboration avec l’université de Nantes. Nicolas poursuit son parcours et devient CTO de l’entreprise à l’issue de ses études. Arisem se fait racheter par Thalès en 2004 et le jeune homme quitte l’aventure en 2010 pour rejoindre la start-up Exalead, qui se fait avaler par Dassault Systèmes peu de temps après. « J’avais signé pour une start-up et je me suis retrouvé dans un grand groupe » raconte-t-il. « J’ai dirigé la partie R&D d’Exalead, qui comportait une soixantaine de collaborateurs. » 

Ne pas reproduire la culture d’entreprise propre aux Grands Groupes. 

Nicolas apprécie ses expériences professionnelles, mais il reste convaincu qu’il n’est pas fait pour les Grands Groupes. « Je ne suis pas séduit par les aspects politiques inévitables à toute grande organisation et je regrette la lenteur des processus de décision ainsi que le manque de confiance accordée aux équipes » précise-t-il. « J’ai adoré l’expérience humaine de mes différents jobs, tout en regrettant de ne pas pouvoir aller plus loin sur les aspects de responsabilisation des salariés. Chez Arisem, j’ai particulièrement vu à quel point la puissance des individus n’est pas mise à profit dans l’entreprise. » Progressivement, le travail de Nicolas évolue vers le management, alors que la technique était son cœur de métier initial. La question de changer de voie professionnelle se pose alors clairement.

L’idée d’un moteur de recherche pour les développeurs. 

En parallèle de ces expériences, Nicolas rencontre Julien, d’abord chez Thalès puis chez Exalead. Les deux hommes travaillent quelques mois ensemble. Nicolas reste au sein de son entreprise pendant deux ans. Mais rapidement, il s’interroge. « Je me posais des questions quant à mon avenir professionnel et je me suis rendu compte que Julien se trouvait dans une phase d’interrogation similaire. En discutant, nous nous sommes dit qu’il y avait un business à créer ensemble. » Nicolas et Julien passent tous les deux une demi-journée à discuter du type d’entreprise qu’ils aimeraient créer et de la culture qu’ils veulent insuffler. « Julien a lui aussi vécu une expérience un peu malheureuse dans les Grands Groupes. Nous avons passé du temps à s’assurer que nous étions compatibles et que nous étions sur la même longueur d’onde en terme de culture d’entreprise » explique Nicolas. La mayonnaise prend et les deux amis décident de s’associer. Les deux compères évoquent l’idée initiale d’un moteur de recherche à destination des développeurs d’applications, pouvant fonctionner localement sur mobile. Partant de ce concept, ils décident de se lancer en novembre 2012. 

Un pivot rapide après le démarrage. 

En utilisant une méthode agile et un fonctionnement itératif, les deux entrepreneurs développent un bon produit, avec une expérience utilisateur intéressante. Seul bémol : le marché ne répond pas favorablement. « Le produit fonctionnait bien techniquement mais personne ne semblait prêt à payer ! » à l’époque, Nicolas et Julien proposent la solution au prix de 599 $ la licence, pour une durée illimitée. Ils obtiennent quelques centaines de prospects et un ou deux importants clients signés. Pas assez pour satisfaire leurs ambitions. « Nous aurions pu construire une petite entreprise sur cette base, mais nous nous étions lancés pour développer un projet plus ambitieux » détaille Nicolas. « Le retour de nos utilisateurs nous a poussés à pivoter vers un modèle SaaS en janvier 2013. » Aujourd’hui, les utilisateurs payent à l’usage et le service d’Algolia est également exploitable par les développeurs de site internet et pas seulement d’applications mobiles. Concrètement, quand un internaute recherche une personne sur Viadeo ou un produit sur Vestiaire Collective, les barres de recherches sont fournies par Algolia. 

Une année 2014 qui dépasse toutes les espérances. 

Après ce changement de stratégie effectué au tout début de l’année 2013, les fondateurs d’Algolia lancent une version bêta de leur moteur de recherche en mars. Grâce aux fonds propres injectés dans l’entreprise, Nicolas et Julien financent les améliorations de leur produit jusqu’à l’été 2013, date à laquelle ils lèvent 1,2 million d’euros auprès de fonds parisiens et européens. Puis, les étapes s’enchaînent. Les fondateurs commercialisent leur technologie à partir de septembre 2013 et embauchent leur premier salarié dans la foulée. Puis, en janvier 2014, ils déménagent l’entreprise aux États-Unis en vue d’intégrer l’accélérateur « Y Combinator », qui a notamment hébergé des géants du marché web américain, Dropbox et AirBnb en tête. « Nous sommes devenus une boîte américaine avec une filiale française. Nous réalisions à l’époque 10 % de croissance par semaine ! » raconte Nicolas. « L’expatriation aux états-Unis nous a apporté des avantages indéniables en matière de visibilité au niveau mondial ! Nous sommes beaucoup plus crédibles depuis San Francisco sur le marché-cible des développeurs. Enfin, c’est beaucoup plus simple de lever de l’argent là-bas ! » L’année 2014 se termine comme elle a commencé : en fanfare. Algolia compte 9 collaborateurs et 400 clients dans 50 pays du monde. Au cours de l’année, l’entreprise a connu un taux de croissance mensuel de 30 %.

Une accélération marquée en 2015. 

L’an dernier, les fondateurs de la start-up ont décidé d’appuyer sur l’accélérateur. Ils lèvent 18 millions de dollars en série A auprès du fonds Accel Partners en mai 2015. « Cet apport en capital était nécessaire pour que nous puissions nous développer plus vite. Si nous n’avions rien levé, nous n’en serions pas au stade de développement actuel » analyse Nicolas. Le chiffre d’affaires décolle réellement et Algolia quadruple ses effectifs pour atteindre 35 personnes en fin d’année, non seulement dans le domaine technologique, mais également aux équipes de vente, du marketing… 2015 marque également l’expatriation personnelle de Nicolas à San Francisco. « Après notre passage chez Y Combinator, nous étions tous revenus en France » détaille-t-il. « Nous vendions aux états-Unis depuis Paris, ce qui était assez lourd en termes d’organisation car nous effectuions beaucoup de trajets sur place. » Le fondateur déménage pendant l’été. 

Des ambitions sur le marché du Search. 

Pour Algolia, l’année 2016 présage une belle réussite. L’entreprise compte déjà 50 collaborateurs et les fondateurs expriment de fortes ambitions pour les années à venir. « Nous aimerions changer la manière dont les internautes effectuent des recherches sur le web. En réalité, nous voudrions qu’ils ne cherchent plus, mais que nous les guidions vers le résultat ! » se réjouit Nicolas. « Pour créer cette interaction entre l’utilisateur et le module de recherche, il faut développer des fonctionnalités précises, qui intègrent le GPS ou les suggestions de recherche automatisées. En moins de 100 millisecondes, nous voulons pouvoir proposer un résultat à chaque utilisateur qui tape une recherche ! » L’ambition est claire : devenir le leader du marché du Search B to B proposé en mode SaaS. Et la croissance d’Algolia passera forcément par l’international : l’entreprise présente aujourd’hui des clients dans plus de 100 pays et fait 60 % de son chiffre d’affaires aux états-Unis, qui constitue ainsi son premier marché-cible. Plus de 12 milliards de requêtes par mois sont traitées dans 36 data centers dans le monde.

Transparence et… vacances illimitées ! 

Mais en parallèle de leurs ambitions légitimes de croissance, les deux dirigeants n’en oublient pas ce qui a motivé leur entrée dans le monde de l’entrepreneuriat : la valorisation des équipes. « Nous travaillons au quotidien sur la notion « d’Empowerment » (octroi de pouvoir aux individus, ndlr). Nous recrutons des collaborateurs qui peuvent prendre des décisions, des initiatives, qui vont sortir de leur zone de confort. Et pour y parvenir, rien ne vaut l’octroi de liberté et la transparence des dirigeants » décrit Nicolas. « Chez nous, les salaires sont transparents et les vacances sont illimitées ! Nous avons mis en place cette culture afin de responsabiliser chacun des membres de l’équipe. Cela constitue sans aucun doute une des raisons du succès d’Algolia aujourd’hui » conclut-il.

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