« Entrepreneur » s’accorde-t-il au féminin ?

L'équipe Dynamique Entrepreneuriale     26/04/18    
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Entrepreneuse...Entrepreneure ? L’orthographe du mot n’est pas le seul point qui pose problème au sein d’un univers malheureusement encore majoritairement masculin. Malgré les évolutions, la France affiche un retard notable en matière d’égalité hommes-femmes. Difficultés à obtenir des financements ou encore manque de confiance en soi, frappent la réalité des femmes entrepreneures. Alors, peut-on réussir dans l’entrepreneuriat quand on est une femme ? 

Si 40 % des créateurs d’entreprise sont des femmes en 2017, celles-ci ne représentent seulement que 14 % des dirigeants de plus de dix salariés, si l’on en croit le site les Échos. « Statistiquement, considérer que les femmes sont moins attirées par l’entrepreneuriat n’a aucun sens », assure Séverine Le Loarne, professeure-chercheur à Grenoble École de management et spécialiste de l’entrepreneuriat féminin. Et si autant de femmes que d’hommes créaient leur entreprise, la France enregistrerait un gain de croissance de l’ordre de 0,4 % par an. Soit la création d’environ deux millions d’emplois sur vingt ans, selon l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique). Bilan de ce constat : mieux promouvoir l’entrepreneuriat féminin semble capital. 

Quand l’entrepreneuriat se féminise…

Ces dernières années, ce sont près de 163 millions de femmes qui ont créé une entreprise alors que 111 millions d’entre elles dirigeaient des sociétés déjà constituées, d’après le dernier rapport du Global Entrepreneurship Monitor (GEM), qui porte sur 74 pays répartis un peu partout à travers le monde. À l’échelle internationale, la création d’entreprise à l’initiative des femmes démontre une progression de l’ordre de 10 %, de quoi réduire de 5 % l’écart avec les hommes. « Ce constat illustre non seulement l’importance des femmes entrepreneures dans le monde, mais met également en évidence leur contribution à la croissance et au bien-être social », explique Donna Kelley, professeure au Babson College et co-auteur du rapport. « Les femmes entrepreneures apportent un revenu à leurs familles, elles génèrent des emplois dans leurs communautés et créent des produits et des services dont bénéficie la société dans son ensemble », ajoute-t-elle. En France, on enregistre seulement 36 % de femmes entrepreneures en 2016. Un taux dont la tendance est, elle aussi, à la hausse puisqu’il avoisine les 40 % pour l’année 2017. Un bilan encourageant mais encore insuffisant.

La France, en retard en matière d’égalité hommes-femmes

Bien que le défi de créer son entreprise soit relevé par de plus en plus de femmes, ces dernières souffriraient d’un déficit d’image dans l’univers entrepreneurial. En matière d’égalité hommes-femmes, la société française fait état d’un retard notable par rapport à ses voisins européens. Qu’il s’agisse d’inégalités salariales, du fameux « plafond de verre » qui freine voire empêche leurs évolutions de poste, les femmes peinent à faire bouger les lignes dans le monde professionnel. La lutte contre les préjugés étant encore d’actualité, les hommes peuvent se montrer, parfois, réticents face à une femme qui se lance dans l’aventure entrepreneuriale. Près de deux tiers des femmes ayant créé une société perpétuent, néanmoins, leur activité trois ans après son lancement, selon Challenges.fr, soit une proportion comparable à celle des hommes. Il n’y aurait donc là, mesdames, aucune raison de ne pas sauter le pas !

Un manque de confiance en soi 

Si les mentalités évoluent quant au statut des femmes, l’entrepreneuriat ne demeure pas la priorité de ces dernières en comparaison avec les hommes. « Les femmes ont peur de prendre des risques », lance la présidente du National Women Entrepreneur Council (NWEC), et de se lancer dans un projet d’avenir. En cause : les stéréotypes. Lorsqu’elles parviennent à dépasser les idées reçues, on remarque que les femmes ont tendance à entreprendre davantage dans des secteurs, traditionnellement, plus féminins tels que la communication, la culture ou la mode. Rares sont celles qui entreprennent dans le bâtiment, par exemple. Côté soutien, la confiance en soi c’est là où le bât blesse : les différents acteurs (partenaires, investisseurs, banques…) démontrent une tendance à l’évitement lorsqu’on parle de femmes entrepreneures. Il faut également savoir que 56 % des femmes s’autocensurent en ne demandant pas d’aide à une banque, selon l’étude Occurrence pour BNP Paribas de 2017. Encore plus difficile donc, par rapport aux hommes, d’obtenir un financement… Le gouvernement s’est saisi de la question et propose une aide spécifique dédiée aux femmes qui créent leur entreprise. 

Le FGIF, pour faciliter l’accès au prêt des femmes entrepreneures

35 % des femmes entrepreneures estiment avoir besoin d’un soutien sur le plan financier dans leur recherche de fonds, selon une étude menée par OpinionWay au début de l’année 2017. Pour les aider, l’État a mis en place, depuis 1989, ce qu’on appelle le FGIF (Fonds de Garantie à l’Initiative des Femmes). Son objectif ? Faciliter l’accès au crédit bancaire des femmes pour financer la création, la reprise ou simplement le développement de leur entreprise, quels que soient le statut de l’entrepreneure (sans emploi, salariée…), la forme juridique de la société ou son secteur d’activité. Seule condition : l’entreprise bénéficiaire doit avoir été créée ou reprise depuis moins de cinq ans (et être dirigée par une femme, bien entendu). L’année dernière, ce fonds de garantie aurait accompagné près de 2 382 femmes entrepreneures pour un montant total de 70 millions d’euros. Au niveau des modalités, la durée du prêt bancaire s’étend entre deux et sept ans et son montant minimum garanti est de 5 000 euros. Notez que celui-ci est limité à 45 000 euros. Autrement dit, si le prêt excède 45 000 euros, la partie excédentaire ne sera pas couverte par le FGIF. Pour plus d’infos sur ses conditions d’obtention, renseignez-vous auprès du fonds territorial du réseau France Active de votre région. 

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