Notre anonymat: ce que l'on partage et ce que l’on est prêt à partager sur Internet

Jean-Michel Gobet     17/05/13    
Notre anonymat

Internet par essence est un réseau, c'est à dire un service qui transmet et stocke des informations entre des individus, entre eux et avec des machines... Forcément la question de l'anonymat est centrale mais en même temps très peu traitée parce que c'est un domaine complexe et sensible. L'émergence du Cloud et l'usage massif de Facebook a en partie décomplexé les internautes et les mobinautes de mettre sur Internet des informations. Mais comment pourrait évoluer notre rapport à l’anonymat demain sur Internet ?

Une très belle infographie a été réalisée récemment par Eclairage Public, une agence d'un nouveau type spécialisée dans la mise en image de données chiffrées souvent sous forme d'infographies (http://www.eclairagepublic.net). L'infographie se trouve ici: http://eclairagepublic.net/wp-content/uploads/2013/02/infographie-data-dialogue-web-2000.png. Comme souvent avec les infographies, c'est important de voir les détails mais c'est comme chercher Charlie, on a souvent du mal à les distinguer, perdus dans la masse des informations.

Tout d'abord nous ne sommes pas un sur Internet, nous sommes multiples et notre rapport à l'anonymat -comment nous sommes prêt à partager de l'information- est différent. L'étude du think tank Demos reprise par cette infographie distingue 5 profils: 

  • non partageurs, 
  • sceptiques, 
  • pragmatiques, 
  • chasseurs de valeur 
  • et partageurs.

Voilà le détail:

[image 1]
Pour faire simple il y a 2 groupes: Ceux qui partagent et ceux qui ne partagent pas. 

Et chacun des groupes pèse la moitié. Dans le premier groupe on trouve les prudents (non partageurs, sceptiques) qui par défaut pensent qu’il est sage de ne rien partager sur Internet et dans le deuxième groupe (pragmatique, chasseurs de valeur, partager), ceux qui pensent que c'est trop tard, que le monde bouge et qu'il n'y a pas d’alternative au partage de données sur Internet. Personnellement je pense qu'il manque un troisième groupe, très minoritaire, mais qui sait souvent bien se faire entendre: les ayatollah prédicateurs qui pensent qu'Internet est un synonyme de big brother et que Google, Microsoft ou Facebook sont des prédateurs qui ne pensent qu'à empiéter sur notre liberté. Ce groupe peut-être un peu excessif parfois, mais c'est important d'être rappelé régulièrement à nos principes…

[image 2]
La deuxième image extraite de cette infographie traite de notre rapport à l’information:

Les dossiers les plus sensibles touchent d'abord la santé... A priori, l'étude est anglaise. En France, soit parce que l'on est en retard, soit parce que la Sécu est compliquée, les données relatives à la santé ne me semblent pas associées à Internet. Peut être aussi à cause de la carte Vitale mais je n'ai pas souvenir d'avoir entendu ou lu une actualité avec un quidam se plaignant que son historique médical ait été hacké…

Ensuite, ce sont "les amis". Là encore, plutôt surprenant: les amis, c'est le domaine de Facebook donc on est dans un domaine bien bordé et dont les règles sont connues. C'est le même constat qui s'applique à mon téléphone fixe. On est dans le domaine des Pages Jaunes. Il y a donc une différence notable entre la capacité à gérer le dossier et la peur. Même si je peux bien gérer ce dossier, j'ai quand même peur, un peu décourageant non ? Ensuite on a choix sexuel, l'email… On entre ensuite dans les domaines du sociologique (le nombre d'enfants, la géolocalisation, les endroits que je visite, mon surf sur internet, ce que j'achète) plus controversés parce que moins sensibles et donc beaucoup plus exploités… Sauf à être très très prudent, je pense là que l'Internet du commerce a gagné et gagnera encore: nous sommes constamment suivis par un grand nombre d'entreprises à commencer par Google ou Criteo et nos habitudes de surf ou d'achat sont connues.

[image 3]
Qu'en pense-t-on? On arrive là à la 3ème image que je souhaitais développer: qu'est-ce qui rendrait les choses plus acceptables?

Et là les réponses sont claires et plutôt évidentes: pouvoir consulter et éventuellement supprimer les données qui sont recueillies et les renseignements qui me concernent. En partie cela existe, et une bonne partie de ces informations se trouvent là: http://www.youronlinechoices.com/fr/ sinon on a encore la CNIL. On peut simplement constater que les efforts de pédagogie ou d'ergonomie n'ont pas été légion dans ce domaine. Je trouve tout cela très hostile, difficile à comprendre. Visiblement, ma maman ne peut pas se servir de ces outils.

Je vais terminer cet article sur une simple constatation: il n'existe aucun service pour vraiment choisir son identité, choisir comment on souhaite être perçu sur Internet par tous les acteurs, une sorte de "second life" du net. Peut-être un service à inventer….

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