Accès au crédit : quelles difficultés pour les dirigeants d’entreprises ?

Alexandra Goachet     08/05/14    
Acces au credit : quelles difficultes pour les dirigeants d entreprises ?

Les dirigeants d’entreprises restent inquiets face à la situation économique. Près de 5 dirigeants sur 10 devraient voir leur chiffre d’affaires reculer en 2014.

Une inquiétude qui perdure

Janvier 2014, la situation s’aggrave : à 90%, les dirigeants se déclarent « inquiets » sur la situation économique et à 60% « soucieux » pour leur activité elle-même (1). Un sentiment conforté par les prévisions de CA pour 2014 qui devraient être à la baisse et les défaillances d’entreprises qui sont à la hausse. Les premiers chiffres sur le nombre de ces défaillances enregistrées en 2013 atteignent en effet 63 100 cas (+3% par rapport à 2012), aussi élevé qu’en 2009 (2), dont 13,9% concerne les micro-entreprises (pas de salariés) et une amélioration de 8% pour les entreprises de 20 à 99 salariés. Une hausse par rapport à 2012 qui concerne tous les secteurs de l’économie dépendant de la consommation des ménages.

Cette tendance de fond s’accompagne d’une constante avec 99% des défaillances qui concernent toujours les entreprises de moins de 50 salariés.

Selon la Coface, "leur nombre et le coût financier qu'elles provoquent sont supérieurs à ceux de 2009, au plus fort de la crise".

Auto censure des dirigeants sur leurs investissements et délai de paiement

Un contexte qui contraint les chefs d’entreprises à limiter leurs actions, sans indicateur concret. Revue des points critiques.

Côté « trésorerie », parmi les plus gros problèmes rencontrés, on relève la baisse du CA à mettre en corrélation avec la faible consommation des ménages mais aussi des délais de paiements qui ne se sont pas améliorés. Ces deux facteurs sont de sérieuses sources d’incidents de trésorerie.

Côté « crédits », l’essentiel des besoins concerne le financement du remplacement ou de l’entretien de matériels. Deux tiers des dirigeants ont besoin de financement, mais pour autant, ils limitent leurs demandes auprès des banques. Pour ceux qui en ont fait la demande, on constate que 77% ont été confronté à au moins une mesure de durcissement (frais plus élevés, baisse des montants accordés…). Les entreprises s’orientent donc vers moins d’investissements, ce qui pénalise leur avenir.

Côté « recrutements », il en est de même. Bon nombre de dirigeants ont mis en veille l’embauche de nouveaux salariés pour des raisons économiques certes, mais aussi pour des incertitudes politiques et légales (cf pacte de responsabilité).

Côté « délais de paiements », cette variable est responsable d’un quart des défaillances d’entreprises, soit 15 000 sociétés qui auraient pu s’en sortir si les délais de paiements avait été respectés ! En effet, leurs problèmes n’étaient ni sur leurs produits, marchés ou carnets de commandes. Sur ce point, il est urgent d’agir et d’améliorer la pratique au sein des grands comptes (publics ou privés).

Autant de paramètres qui sont des freins à l’investissement.

Bilan des crédits aux entreprises

Pourtant, les chiffres fournis par la Banque de France permettent de constater que les crédits d’investissement et les crédits de trésorerie ne se sont pas dégradés en 2013. Les banques continuent d’assurer le financement de l’économie.

Mais côtés entreprises en difficultés, les principales raisons évoquées (3) sont :
• un niveau insuffisant d’activité,
• des garanties exigées trop importantes,
• un secteur considéré comme trop risqué ou méconnu des banques.
Il n’en demeure pas moins que l’accès aux crédits d’exploitation reste plus difficile pour les petites entreprises bien que l’écart se soit réduit. En effet, il y a de vraies différences de situations avec les PME et ETI (30%) qui ont réussi à s’adapter à la crise, qui investissent et aujourd’hui maintiennent leurs marges et les plus petites entreprises qui voient leurs marges baisser (surtout pour les domaines liés à la consommation des ménages).

Les solutions de financement qui s’offrent aux chefs d’entreprises

Face à cette situation, il est essentiel de ne pas attendre d’être en cessation de paiement pour se faire aider. Plusieurs étapes sont à prendre en compte.

S’il s’agit d’une difficulté passagère et de faire face à un besoin de financement :
• Les crédits d'exploitation (ou de fonctionnement) sont des formules de financement adaptées aux problèmes de trésorerie liés au cycle d’exploitation (BFR). Ils ont une action à court terme : l’escompte bancaire, les cessions Dailly, l’affacturage, les facilités de caisse, le découvert.
• Les financements bancaires (prêt bancaire, crédit bail mobilier, location financière, crédit bail immobilier) représentent une solution à moyen et long terme permettant de nouvelles acquisitions et des projets de développement.

Lorsque ces solutions ne peuvent être mises en œuvre et que l’on court le risque d’une cessation de paiement, il faut faire appel au tribunal de commerce et ne pas attendre qu’il soit trop tard. Trois fois sur quatre, une entreprise qui met en place une procédure de conciliation réussit à rebondir (2).

Le recours au Médiateur du crédit aux entreprises

Créé en 2008, dés le début de la crise, pour permettre aux entreprises (en difficultés de financement ou d’assurance-crédit auprès de leurs banques) de trouver des solutions adaptées et concertées, ce recours est encore méconnu des plus petites entreprises. En 2013, le nombre d’entreprises (dont 80% de moins de 10 salariés) ayant fait appel à son intermédiaire, a augmenté de 8%. Cela correspond à 2 682 dossiers dont les 3/4 ont été acceptés soit 1.371 Mds d’euros de crédit débloqués. Ce qui est important quand on constate que le taux de défaillance des entreprises de moins de 10 salariés a augmenté de 6%.

Les dirigeants de petites et moyennes entreprises rencontrent de nombreuses difficultés financières, conséquences d’une crise qui dure et de débouchés qui se dégradent. Mais ils sont aussi pénalisés par une capacité de gestion limitée du fait de la taille de leurs entreprises et d’un emploi du temps qui a ses limites. Il y a urgence à alléger le poids administratif à tous les niveaux, à mettre plus d’équité dans le traitement des dossiers et des cas selon les différentes tailles d’entreprises. Parmi les points qu’il faut absolument pouvoir maîtriser, on relève : la marge réelle dégagée (par produit, activité), les prix de revient vs les prix de vente, la gestion des devis, un suivi précis du recouvrement.

Enfin, il ne faut pas attendre que la solution soit définitivement dégradée pour demander de l’aide en termes d’accompagnement ou de conseil.

(1) Baromètre KPMG et CGPME sur le financement et l’accès au crédit des PME -12/02/2014
(2) Etude Deloitte /Altares – 18/03/2014
(3) 58è enquête de conjoncture des PME- 2014 – BPI France

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À propos de l'auteur

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Alexandra Goachet

Dirigeante de Boomerang Consultants, conseil en amélioration des performances et maîtrise des coûts des TPE-PME