2013 : début de l’ère de l’innovation sociale

Carole Tawema     08/01/13    
innovation sociale
Contre toute attente, alors que les économistes annoncent des années difficiles à l’aune des chiffres de croissance en berne et de balance commerciale déficitaire, à l’échelle microéconomique, locale ou régionale, des acteurs de la société civile s’organisent pour faire émerger un nouveau modèle de société répondant davantage à leurs besoins. Des entrepreneurs bien sûr mais aussi des ONGs et des citoyens conscients du champ des possibles révélés par la crise. 

Quand nos responsables politiques malgré toutes leurs velléités ne parviennent plus à faire de la croissance tant recherchée une source de bien-être social que reste-t-il ? 

Cette incroyable créativité très présente dans les pays en voie de développement depuis des décennies, par instinct de survie, que l’on nomme « innovation sociale » dans les pays dits développés.

Une notion « sexy » en tant de crise dont on n’entendra plus parler après le retour à la croissance ?

Peut-être, nous avons tout du moins, chacun le pouvoir d’en décider. Mais si l’on en croit sa définition, l’innovation sociale (l’acte citoyen qui consiste à apporter des réponses nouvelles à des besoins sociaux mal ou peu satisfaits) est présente dans les micros sociétés depuis toujours. Hors média traditionnels, hors politique, hors croissance, hors système. Elle marque le retour du bien vivre dans un environnement commun et partagé. L’on en entend davantage parler (tardivement compte tenu de l’avance de nos voisins européens en la matière) car la crise et le web aidant, ces micros sociétés font masse désormais. Une vague bienfaitrice de conscience et de créativité citoyenne qui s’apprête à se déverser sur nos sociétés en crise.

Il y a eu bien sur un terreau favorable à la poussée de cette (r)évolution citoyenne, le bio, l’agroécologie, le local, l’équitable, le solidaire, l’économie du partage, mais que signifient au juste ces notions ? Avant d’entrer dans l’ère de l’innovation sociale, retour sur ces initiatives fondatrices.

Le bio ou l’agriculture biologique

L’agriculture biologique est une alternative à l’agriculture industrielle et intensive. Elle repose sur des normes et un cahier des charges officiels visant à exclure l’usage d’engrais chimiques de synthèse, des OGM et l’emploi des intrants.

Objectif : préserver la qualité des sols, la biodiversité, l’air et l’eau …en somme notre santé 

En associant les méthodes de production traditionnelles aux techniques modernes de préservation de l’environnement, les acteurs du bio innovent sans cesse pour proposer une offre diversifiée de produits naturels (alimentaire, textile, cosmétiques…)

Les labels officiels français AB (alimentaire) Cosmebio (cosmétique)bio équitable ou bio solidaire (cosmétique et alimentaire) Gots (textile) sont présents sur les produits certifiés biologiques qui ont fait l’objet d’un contrôle par un organisme de contrôle et certification tiers (Ecocert, Qualité France, Bureau Veritas…) 

D’autres mentions non officielles mais reconnues par les acteurs et consommateurs pionniers du bio sont à connaitre : Nature et Progrès (pionnier du bio en France) ou Déméter(biodynamie)

L’agroécologie et la permaculture 

En tant que pratique agricole, l’agro écologiecomporte les pratiques de l’agriculture biologique mais va plus loin en intégrant la gestion écologique et durable des espaces (complémentarité entre les espèces, plantation d’arbre fixateurs d’azote…)

La permaculture appliquée à l’agriculture se rapproche de l’agroécologie. Cette science humaine basée sur les savoirs traditionnels et les principes de l’écologie s’applique à plusieurs secteurs d’activités ou environnement. Elle vise le développement d’écosystèmes naturels, résilients et durables (écoconstruction, énergie renouvelables…)

Le local 

Les AMAPs (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) sont le mouvement le plus emblématique du consommer ou produire local. Elles découlent d’une volonté de rapprocher le consommateur du producteur pour proposer des produits frais, de qualité biologique et permettre aux petits producteurs de mieux faire face à la pression de l’agro-industrie sur les prix. 

C’est sans doute l’initiative la plus cohérente en terme de production et consommation locale car il est illusoire de penser (ou de faire croire au consommateur) sauf quelques rares exceptions de produits présents en général en magasins spécialisés (bio, équitables, épicerie fine, artisans) que les produits industriels peuvent exclusivement être 100% Made in France. 

En revanche il serait salutaire pour le consommateur comme pour les entreprises attirées par l’engouement pour le made in France d’afficher plus de transparence. 

Le commerce équitable ou solidaire

Ce mouvement fondé sur une relation directe entre les producteurs et les consommateurs vise à améliorer les revenus et conditions de vie des producteurs du Sud les plus démunis face à la mondialisation et la volatilité du cours des matières premières. 
Une alternative au système capitaliste qui trouve écho aujourd’hui, dans les pays du Nord dans un contexte de crise économique à travers le commerce solidaire.

Le commerce solidaire souvent associé à un commerce de proximité a pour objectif de soutenir et préserver les intérêts des producteurs et par extension des entreprises à l’échelle locale ou régionale. 

L’équitable et le solidaire sont deux initiatives que l’on oppose souvent,à tort, car elles reposent sur volonté de créer les conditions d’un véritable développement pour les plus défavorisés. Ce, dans une filière ou dans une société à l’échelle locale, régionale ou internationale.

Le label le plus connu est bien sûr celui de Max Haavelar(présent en grande surface) mais d’autres sont nés depuis : Minga, Transparent Trade, bioéquitable (Echanges Nord-Sud), biosolidaire (Echanges Nord-Nord) (présents en réseau spécialisés), avec une volonté d’aller plus loin en ajoutant aux critères du commerce équitable les critères de développement local, transparence, respect des savoirs-traditionnels et de l’environnement, partenariat durable et responsable tout au long de la chaîne du producteur au consommateur final.

L’économie collaborative 

Un modèle économique né de la crise qui regroupe la plupart des initiatives citées plus haut (le bio, le local, le solidaire l’équitable) et se distingue du modèle économique dominant par la notion de partage. 

Une économie décloisonnée ou la valeur de la monnaie et la propriété sont désuets, qui concerne tout type d’activités (production, consommation, vie sociale) et de secteur (de l’agriculture aux nouvelles technologies en passant par l’aide sociale)

N’attendez donc pas le retour d’une croissance basée sur un modèle économique qui montre ses limites (surexploitation des ressources naturelles, augmentation du prix du pétrole et des matières premières, dérèglement climatique, érosion des sols, manque d’eau potable…). Cette croissance reviendra, peut-être… si nous le souhaitons.

Mais l’heure est venue d’adopter un modèle économique alternatif et innovant,créateur de nouveaux emplois qui reposent cette fois sur le développement à l’échelle locale ou territoriale, le lien social et le partage.